Engagement 3/3 : Les rencontres auteurs-éditeurs des Imaginales

 

Rivages, un des romans parus grâce aux rencontres
Couverture d'Aurélien Police
Comme je le dis parfois, la littérature, c'est ma voix/e et mon chemin, et aider les livres à advenir dans ce monde qui en a bien besoin me donne un sentiment de plénitude.

Organiser le speed-éditing des Imaginales a été pour moi, pendant 10 ans, le moyen le plus direct d'aider les jeunes romanciers pour faire passer leur oeuvre de "projet sur ordi" à "trésor dans la librairie" !



Après VRP de la littérature, je me désigne aussi comme sage-femme, puisque je pratique cette drôle de maïeutique. Comment elle fonctionne ?

Tous les copains écrivains en témoigneront, il y a bien des manières de s'entraider : entre collègues, on se soutient, l'écriture n'est pas forcément un métier solitaire. Cela suppose quelques compétences ! Écouter des histoires jusqu'au bout sans être gêné par les spoils. Savoir se brancher sur une scène pour l'imaginer et la visualiser afin d'aider l'ami à trouver l'adjectif juste pour "cet arbre, là, tu le vois ?". Encourager. Encourager. Encourager. Relire entièrement des manuscrits pour les commenter (voir la bêta-lecture dans l'article 2). Rassurer. Rassurer. Rassurer. Avoir une formation juridique pour relire les contrats des copains (et les siens) et les aider à négocier. Faire la fête quand le livre sort (si, si, c'est une compétence, y a des gens qui ne savent pas s'amuser). Savoir décortiquer une mauvaise chronique pour en montrer l'inanité. Consoler. Consoler. Consoler. Connaître les tuyaux pour interpréter les chiffres de vente. etc.

Ne riez pas, ça demande une sacré volonté et beaucoup d'abnégation !
Grâce à Cocyclics, je m'étais déjà investie dans le passage entre la fin du manuscrit et la recherche d'éditeur : ça a été le GGG, guide des éditeurs éditions 1 et 2 (voir article 1).

Daniel Mat signe avec Agnès Marot et Jean-Paul Arif, 
pour Scrinéo rencontrés au speed-éditing
De fait, en 2012 ou 2013 (je ne sais plus), quand Stéphanie Nicot, la directrice artistique des Imaginales m'a demandé de filer un coup de main à Élise Dattin pour le speed-éditing du vendredi soir, j'ai dit oui.
(à l'époque, on parlait encore de speed dating, en référence aux rencontres professionnelles, mais depuis, #metoo a permis de pointer l'ambivalence d'un tel terme et il a été modifié)

Kezako le speed éditing ?
2 heures, des éditeurs, des auteurs non édités : ils se rencontrent, les uns pitchent leurs romans, les autres écoutent, conseillent et parfois donnent leur carte de visite pour que l'auteur envoie son manuscrit.
Et ça marche.

Nadia Coste
L'année d'avant, c'était mon amie Nadia Coste qui avait tenu ce rôle. Ça se passait dans un petit salon de thé adorable, les auteurs dans la salle, les éditeurs au grenier, Élise envoyait les candidats quand une place se libérait et moi je les rassurais et les encourageais. L'attente était un moment très chouette car les auteurs échangeaient leurs histoires, se racontaient leurs déboires et bonheurs et ça aidait tout le monde. À l'époque, on avait 6 ou 7 éditeurs et 15-20 candidats, c'était peinard. Les gens arrivaient, ils s'inscrivaient sur des feuilles volantes et ça roulait. On a tenu 3 ans au salon de thé, puis on a changé de lieu parce qu'il fermait, et encore changé de lieu par manque de place, jusqu'au musée.


Pourquoi ai-je fait le speed-éditing chaque année ? Déjà, avec Élise, on s'est très bien entendues et puis surtout, c'était une occasion unique d'aider de jeunes auteurs à découvrir le métier, exactement ce que je faisais auparavant avec Cocyclics ou le Guide des éditeurs. Entraide et solidarité. Et puis les premiers bouquins sont sortis.

Et comme ça marchait, ça s'est su... des romans étaient publiés, à hauteur de 1, 2, 3... chaque année. Vous me direz que ça fait peu, mais quand on considère qu'un roman sur 1000 trouve preneur par la poste, on peut considérer que le speed-éditing est une opportunité énorme. Et puis surtout, des auteurs qui n'ont pas vu leur premier projet aboutir ont publié leur 2ème ou leur 3ème roman avec un éditeur rencontré à cette occasion. Parce que le simple fait de pouvoir parler réellement à un éditeur apporte énormément, même si le projet présenté à cette occasion ne se fait pas.

Mon tableau en cours d'élaboration
De fait, on a eu de plus en plus de candidats. Et de plus en plus d'éditeurs. Il a fallu qu'on améliore "un peu" l'organisation bordélique des débuts... les auteurs faisaient des voeux à l'avance et je faisais un tableau pour gérer les dizaines de rotations afin de ne pas épuiser les éditeurs. En 2018, on a eu 40 candidats et 15 éditeurs ! Et l'année d'après 53 candidats et 20 éditeurs... j'ai hélas dû limiter la participation, parce que ça devenait impossible de garder de bonnes conditions de rencontre. Je ne m'en sortais plus avec mon tableau d'organisation, ce qui a fait beaucoup rire un certain Simon Pinel pour ne pas le dénoncer. On a fait appel à des copains pour nous aider, comme Betty Piccioli. Nadia Coste est revenue en 2017, c'était extra ! Et on a investi un nouveau lieu, un lieu magique.

Malgré tout on a eu aussi de gros soucis : le comportement avec les jeunes femmes d'un des éditeurs présents (mon patron), qui s'est révélé de plus en plus problématique jusqu'au point de non-retour, a terni l'image de ce moment, et à raison. Nos démarches n'ayant servi à rien pour la session 2019 (confrontation avec l'éditeur, demande d'aide et d'intervention auprès du directeur du festival, prévention et surveillance bricolées avec nos petits moyens), j'ai démissionné en novembre 2020 après la session en visio-covid (enfin, vu que j'étais bénévole, ce n'était pas vraiment une démission !), acceptant de faire cependant une dernière session en octobre 2021 (sans la présence de l'éditeur of course) pour passer le flambeau à Floriane Soulas qui s'occupe des nombreux candidats de 2022.
A propos de cela, vous pouvez retrouver une partie de mes propos lors d'une fameuse table ronde qui s'est tenue en octobre dernier : https://www.actusf.com/detail-d-un-article/imaginales-2021-pour-en-finir-avec-le-sexisme-dans-lédition-par-silène-edgar

Gérer le speed-éditing a été un de mes meilleurs moments de l'année pendant presque 10 ans. Beaucoup d'investissement, beaucoup de bonheur quand une autrice ou un auteur vient me dire qu'elle/il a réussi. Beaucoup de douleur aussi ces trois dernières années (je m'en suis rendue tellement malade que j'ai fini à l'hosto, jaune comme un canari !). J'aurais aimé vous parler de tous les bons côtés pour tourner la page, en présence de trois auteurices, aux Imaginales 2022, mais la programmation a changé et je ne pourrai pas le faire. Cet article compense un peu !
 

Commentaires

  1. Magnifique travail 🙌

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  2. En tant que participant à la session de Mai 2022, je ne peux que vous remercier pour votre énorme travail !

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