Sans nous écorcher vifs


 


Cette semaine, j’ai repris le travail éditorial après 4 jours de travail de promotion et d'animation littéraire aux Imaginales d'Epinal. Pour mes lecteurs qui n'ont pas suivi les évènements survenus pendant ce salon littéraire, voici deux articles :

https://www.telerama.fr/livre/aux-imaginales-d-epinal-les-polemiques-eclatent-en-serie-7010551.php

https://www.livreshebdo.fr/article/imaginales-depinal-un-anniversaire-sous-tension

4 jours complexes aux Imaginales, avec le sentiment d'avoir été empêchée de faire mon travail sereinement. Malgré les efforts de Stéphanie Nicot, la directrice artistique, pour me permettre de revenir travailler dans de bonnes conditions, malgré les incroyables témoignages de respect, d'amitié et de soutien que vous m'avez apportés, lecteurs, collègues, amis, c’était un moment compliqué


Comme pour beaucoup d'entre nous, l'année 2021 a été très difficile professionnellement : mon roman La Dame des murs est sorti pendant le 3ème confinement, la promotion de 8848 mètres a été décalée d'un an suite aux deux premiers confinements, la réédition de Fortune cookies est sortie pendant l'affaire Marsan. J'ai renoncé à mes contrats à ce moment-là, ce qui a occasionné de belles frayeurs d'ordre financier, qui se sont résolues à l'automne puisque j'ai signé avec Bragelonne de nouveaux contrats pour cette année et 2023, et même 2024. L'organisation des rencontres auteurs-éditeurs de l'automne aux Imaginales ont été marquées par des tensions qui ont mené à ma prise de parole sur le sujet en octobre, pour défendre ma vision d'un monde du travail plus sécurisé pour les femmes. 

Ces difficultés m'ont causé de graves problèmes de santé et un congé maladie de plusieurs semaines. 

J'ai repris le travail au pas de course pour rencontrer 3000 enfants et parcourir autant de kilomètres partout en France, et même en Espagne, assurer ma présence dans plusieurs salons importants et à des assises sur la lecture pour les dyslexiques, tout en corrigeant, écrivant, préparant les journées scolaires d'Hypermondes et les Imaginales de printemps. 5 mois de boulot intense pour remettre les choses à leur place... sauf ma vésicule qui s'est fait la malle, bien entendu ! RIP !


Dans ce retour de convalescence, Stéphanie m'a aidée en me donnant du temps de parole pour évoquer mon travail de romancière, ma vision de la littérature et des valeurs que j'y engage. Anne Besson et Natacha Vas-Deyres m'ont aidée pour parler en tant que chercheuse au colloque et rendre hommage à Christine Deschamps qui nous a quittés en novembre, ce qui était un engagement fort de sens pour cette illustratrice partie trop tôt. Stéphanie m'a renouvelé sa confiance, après dix ans de travail de modération et de lecture pour les Imaginales, avec du temps d'animation littéraire : deux beaux moments d'entretien - Jean-Philippe Mocci pour les éditions Leha et l'archéologue émérite Jean-Paul Demoule, pour son ouvrage puissant Homo Migrans. J'ai pu, grâce aux libraires, présenter mes ouvrages et répondre aux lectrices et lecteurs en temps de dédicace. J'ai défendu l'anthologie Nouvelles du front, chez Livr's, dont je suis la marraine et qui évoque la guerre dans un temps où il est plus que nécessaire de proposer une lecture du monde abîmé par le conflit en Ukraine. De même, La Dame des murs, qui évoque l'occupation soviétique de la Lettonie, m'a donné l'occasion de parler des enjeux du temps présent. J'ai aussi présenté ma nouvelle Le Troll médecin pour les éditions 1115, assuré la promotion des anthologies Et si Napoléon et Par-delà l'horizon et proposé mes nouveautés pour les petits, sur la PMA et sur l'urgence écologique. 

Beaucoup d'enjeux professionnels donc. C'est mon métier, je l'ai choisi, il est difficile et précaire, mais il est aussi puissant et libre. La liberté, c'est ce qui m'a amenée à renoncer à la stabilité d'un emploi salarié. Mais libre, je ne le suis jamais complètement et mes chefs, s'ils ne le sont pas comme dans une administration, le sont de fait quand ils signent mes contrats et assurent mes revenus. Après les difficultés rencontrées avec mon principal éditeur, les difficultés rencontrées aux Imaginales ont été de trop. Je pensais que je pourrais, lors de cette édition, trouver la paix pour mener mon travail sereinement. Mais la programmation d'une table ronde à l'énoncé raciste, les changements de programmation sur l'égalité femmes-hommes et le speed éditing, et le harcèlement subi par mon amie Stéphanie ont été bouleversants. J'ai tenu grâce à vous, mes amis et collègues, mes lecteurs.

Je remercie toutes les personnes qui m'ont témoigné leur amitié et leur respect, qui m'ont soutenue et aidéeJe n'aime pas être fragilisée car en tant que femme, il est toujours dangereux de laisser des failles apparaître, mais force est de constater que je ne suis pas totalement encore remise.

Je ne suis pas une militante politique, c'est un choix, mais je défends des valeurs humaines dans mes livres et dans ma pratique professionnelle. Cela demande déjà beaucoup de temps et d'énergieje n'ai pas envie de devoir encore me débattre pour réclamer le respect de ma place en tant que femme dans ce métier. J'aimerais travailler sans qu'on me méprise pour mon genre, j'aimerais me consacrer sereinement à la création pour parler du temps présent, du passé et de l'avenir et continuer à proposer aux lecteurs ma vision singulière sans être éclaboussée par les errements et le nombrilisme d'hommes qui ne respectent pas les valeurs auxquelles je suis attachées, ne respectent pas mon travail ni ma santé. 


Il y a tellement d'enjeux écologiques et sociétaux urgents et nouveaux,  je suis déçue d'avoir dû mettre de l'énergie pour défendre encore cette fois ce qui me semblait bien avancé en terme de respect des droits professionnels des femmes, par la création d'une charte pour les festivals, par exemple, ou la reconnaissance de l'anormalité des cas de harcèlement sexuel, même non caractérisés par des condamnations juridiques. Ne revenons pas en arrière, ne cédons pas ce qui est gagné car il y a encore beaucoup à faire. Se faire respecter dans son intégrité physique et morale, en tant que femme, oeuvrer pour le respect de ceux et celles qui ne l'ont pas encore, pour que, in fine, nous puissions tous nous engager pour sauver notre écosystème et protéger nos valeurs en nous sentant légitimes, quels que nous soyons. Entre gens qui se respectent, nous avons du travail pour nous comprendre et avancer ensemble sans nous écorcher vifs. 

En conclusion, il y a des débats que j'ai envie de poursuivre, mais je crains que le précédent m'ait tellement abîmée que je ne suis plus en mesure de le faire sans perturber le coeur de mon travail et ma vie personnelle, familiale et amicale. J'espère que cela sera temporaire. Alors je m'en retourne à mes corrections avec Nadia Coste, pour que ce prochain roman soit le plus chouette possible : il est déjà très très satisfaisant ! Et je vous dis à bientôt, avec tendresse.

 

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