Question de frontière. Alors, ma p'tite dame...

 ... vous voulez quoi pour votre bouquin ?

Alors je j'écris frénétiquement mon nouveau roman, qui est en fait une trilogie, ça va donc m'occuper un moment, je m'interroge sur la publication. Ben oui, forcément, maintenant que c'est mon gagne-pain, je n'écris plus sans penser à qui je vais pouvoir le vendre, ce travail. Or pour ce roman, c'est un peu compliqué : j'ai décidé de le proposer en YA. Pour ceux qui ne sont pas au fait de ces distinctions, YA c'est du young adult, littérature passerelle ; en gros, jusqu'à 15 ans, c'est pas du YA, après, c'est YA. Pour que ce soit du YA et pas du adulte, faut que ce soit écrit comme pour les adultes mais avec quand même un support d'identification pour le YA qui va le lire, enfin, c'est ce que j'ai compris (mais je comprends pas bien, moi jusque là j'ai fait du middle grade (8-15 ans). C'est là que le bât blesse : j'ai toute une famille comme héros, moi, avec une multitude de changements de points de vue (qu'il va falloir que j'éclaircisse un peu d'ailleurs), alors je ne suis pas sûre que les YA s'identifient au bébé ou au pépé, ou à la mère ou... vous voyez le bazar. Surtout, je l'écris autant pour les ados que les adultes, ce bouquin... J'essaye de ne pas y penser, d'écrire et de me concentrer uniquement là-dessus. Mais la question revient quand même... sans doute parce qu'on en a parlé avec mon pote d'écriture et que je me rends compte que je ne suis pas satisfaite de l'option que j'ai prise.

C'est pas grave, Silène, me direz-vous, publie en adulte ! 

Oui, mais alors là, vu que j'ai de la magie et des trucs qui se passent sur une autre planète, va falloir que je le propose à un éditeur de genre, comme mes éditeurs actuels en adulte, parce que les éditeurs des trucs sans magie et sans vaisseaux spatiaux— ou qui font semblant de ne pas en avoir — ils aiment pas ce que je fais, ils pensent que c'est pas sérieux, que c'est pas de la vraie littérature, que c'est pour les ados. Les YA, quoi. Ce qui est paradoxal, c'est que en YA, tu peux écrire avec de la magie si tu veux et être publié chez les mêmes gros éditeurs qui ne veulent pas de toi si tu fais de l'adulte avec de la magie, c'est drôle, hein ? 

Ben pourquoi tu publies pas en adulte chez un de tes éditeurs, Silène ?

C'est pas tant moi, c'est les éditeurs qui choisent, je vais te dire, lecteur ! Mon éditeur en adulte, même si sa spécialité c'est le dragon ou le Faucon millénium, il me dit en toute honnêteté... "Ouh la la, Silène, c'est risqué ton affaire ! Une trilogie de science-fantasy en adulte ? T'es sûre ? Parce que bon, faut pas se leurrer, à moins d'être Georges Martin, on fera pas des chiffres de foufous sur toi, c'est comme si tu étais une jeune auteur puisque c'est (encore) un nouveau genre auquel tu t'essayes. Pourquoi tu fais pas du YA, plutôt, tu rapportes bien en jeunesse, là t'es confirmée." (ce qui fait que je sois confirmée en écriture jeunesse mais débutante en écriture adulte est de l'ordre de la SF, je vous l'accorde, mais c'est comme ça que ça marche parce que c'est pas le même public et personne ne thésaurise jamais sur la jeunesse, même les plus talentueux de mes collègues jeunesse... je pense à tous mes potes à qui on a sorti que leur premier roman adulte était leur premier vrai roman). Je suis d'accord avec lui, et j'ai envie d'en vendre plein, c'est vrai. Et j'en vendrai jamais plein en adulte...

Mais c'est que t'écris mal pour les adultes, en fait... looseuse.

Ben je me suis posé la question, oui...  si j'écris bien pour les ados, pourquoi c'est pas bien pour les adultes ? Certains,  avec mépris, m'ont dit que je faisais des choses trop naïves. Mais dans le même temps, d'autres m'ont dit le contraire. Beaucoup d'adultes m'ont dit aussi que mes livres ados leur plaisaient "comme" des livres adultes. J'en ai conclu benoîtement que ça dépendait des gens, mais que pour ceux qui aiment ma came, j'écris aussi bien en adulte qu'en jeunesse et que pour ceux qui n'aiment pas, j'écris aussi mal en adulte qu'en jeunesse. Mais que les gens qui aiment, ils cherchent pas dans le rayon des adultes, ils cherchent que dans le rayon jeunesse pour me trouver. Et qu'écrire en YA serait sans doute une façon habile de toucher ces gens...

– Ben oui, tiens, pourquoi pas du YA, Silène ?

– T'as déjà oublié ce que je t'ai dit au début de l'article ?

– Oui.

– Parce que ce livre, il est pour les ados ET pour les adultes et qu'il ne correspond pas vraiment aux règles du YA. Il n'y a pas de personnage support d'identification.

– J'y comprends rien. Fais ce que tu veux, non ?

Pfff... oui, j'aimerais faire ce que je veux, j'aimerais publier un livre et qu'on ne me regarde pas de haut parce que "c'est pour les enfants",  ou parce que "c'est bizarre, y a de la magie".  J'aimerais que le livre soit tellement merveilleux qu'il transcende les barrières (mais j'ai pas le niveau). J'aimerais que mes ventes en jeunesse, qui sont excellentes soit dit en passant, non pas pour me jeter des fleurs mais parce que sinon je ne pourrais pas en vivre, soient les mêmes en adulte parce que ce livre je l'adresse à tous, aux ados et aux adultes, et j'aimerais ne pas avoir à choisir entre mépris et condescendance. Mais c'est pas la loi du marché. Et la LOI du marché, tu comprends, elle est immuable.

Alors finalement, c'est le porte-monnaie qui va choisir, parce que lui aussi, il me parle et il me dit :

– Franchement, Chérie, si tu veux que je sois bien gras, fais du YA.

Ok... mais je fais quoi, pour mes personnages ? 

...

Ben je vais te dire, lecteur, je vais laisser l'éditeur décider. Pour l'heure, j'ai un tome 1 à finir.



Commentaires

  1. L'identification, tu t'en cognes. Regarde "Le gang des vieux schnocks" de Forence Thinard : c'est du jeunesse-jeunesse, et pourtant, les héros principaux sont âgés. OK, il y a un jeune, mais tard dans l'histoire. Idem sur "Le dossier Handle", on démarre autour d'un ado, OK, mais les vrais héros vivent en maison de retraite. Et ça marche.
    Regarde mes Fedeylins ! J'ai plus d'adultes que d'ados qui les lisent, et pourtant c'est en YA...
    Pour moi, c'est une très bonne catégorie, et pour plein d'adultes, c'est un plaisir d'en lire.
    Les autres ont un côté prout prout qui n'aimeraient pas le bouquin, de toute façon, alors fais l'histoire que tu as envie de lire TOI et les lecteurs suivront. Promis.

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  2. Je ne te réponds que fort tard, mais ta réponse m'a beaucoup aidée à finir le livre, tel que j'avais envie de l'écrire, sans continuer d'agiter ma caboche en tout sens et en vain. Je le corrige et je te l'envoie ! Merci chère amie !

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