Aargh, je n'ai pas d'idées de cadeaux pour Noël !

Vous êtes coincés ? Pas d'idée pour Noël ? La flemme de réfléchir ? Ça tombe bien, j'ai plein de bons livres à vous conseiller !
Cette année, j'ai lu quelques 180 bouquins (oui, je me vante mais ce genre d'articles n'est-il pas une façon déguisée de parler de soi ?) et voici quelques idées piochées dans mes lectures de l'année. Je ne parle pas d'autres de mes chouchous – les bouquins des membres de mon ordre – parce qu'il y a un autre article sur le sujet sur le blog Mes premières lectures : http://www.mespremiereslectures.fr/2019/12/16/sous-le-sapin-silene-edgar/

Je ne vous fais pas de longues analyses, parce que je ne me sens pas le courage ce matin (de plus, en ai-je les compétences ? Certains considéreront que oui avec mon passif, mais je ne suis pas une VRAIE critique littéraire pour autant), bref je vous dis juste pourquoi je les ai aimés et si vous me faites une confiance aveugle et qu'il s'avère que les romans ci-dessous ne plaisent pas aux gens à qui vous les offrez, tant pis pour vous, vos amis vous trouveront des goûts de chiotte que vous serez obligés d'assumer parce que vous aurez eu la flemme de les lire avant de les offrir. Cela étant, si vous êtes veules en plus d'être feignants, vous pourrez m'incriminer, je vous y autorise.

On commence par les jeunes :

Pour les grands ados, laissez-vous tenter par Des Astres de Séverine Vidal chez Sarbacane. Un roman prenant, très fort, avec des thèmes difficiles — la maternité, la violence conjugale — traités avec justesse et sans pathos : c'est puissant.
"C'est l'histoire de Pénélope, une fille que sa mère n'a jamais su aimer. Une fille transparente, timide, terrifiée par la vie... au point de ne pas se sentir la force, le jour venu, d'élever son bébé. Au point de l'abandonner en pensant le sauver. C'est l'histoire de Romane, une fille qui n'a jamais connu sa mère biologique. Une fille heureuse, épanouie, gourmande de vie... mais à qui il manque toujours quelque chose. A qui il manque toujours quelqu'un. C'est l'histoire des mères et de leurs filles, qui raconte combien parfois, les mères peuvent nous détruire et combien parfois, elles nous sauvent."

Pour les ados (12-15), j'ai énormément aimé Ailleurs meilleur de Sophie Adriansen, chez Nathan, un roman très simple et fort sur un petit bonhomme qui fait 5000 bornes pour échapper à la misère et arriver en France. Je l'ai trouvé bien documenté et surtout très humain.
"Je m’appelle Alassane, j’ai 15 ans et déjà je dois quitter ma famille et mon pays. M'en aller me fend le cœur, mais depuis la mort de mon père et la perte des terres que nous cultivions, je n’ai plus d’avenir ici. Je m’en vais donc en trouver un ailleurs.
Le chemin jusqu’à la France promet d’être long et semé d’embûches, entre les passeurs qui demandent toujours plus d’argent et les murs de barbelés érigés aux portes de l’Europe. Pourtant ma décision est prise : je pars pour un ailleurs meilleur."

Pour les pré-ados (9-12), je choisis un thème proche du précédent avec La Nouvelle de Cassandra O'Donnell, pour Flammarion, un texte touchant et traitant avec simplicité, et de bons petits plats, de l'arrivée d'une réfugiée.
"« Je vous présente une nouvelle élève, annonça le prof, elle s’appelle Haya. Elle vient de Syrie… »
C’est drôle, songea Gabriel, il y a des gens qui attirent l’attention sans qu’on sache pourquoi… Cette fille, il ne la connaissait pas, mais elle l’intriguait à cause de ses yeux graves et la manière dont elle relevait fièrement le menton comme un défi…"

Enfin, pour les petits de 7-9 ans, mon coup de coeur, c'est L'école des mini-garous de Julien Hervieux, illustré par Juliette Lagrange, chez Mini-poulpe : c'est hyper drôle, complètement décalé et franchement bien écrit. Vous ne connaissez pas de petits ? Prenez-le pour vous, c'est trop marrant.
"Au cœur de la forêt, cachée dans le plus grand des chênes, se tient l’école des Mini-Garous. On y trouve les enfants qui, les soirs de pleine lune, se transforment en terrifiants louveteaux-garous. Mais la vie à l’école est pleine de surprises : Béa, qui a été mordue par un chat, est devenue un chaton-garou. Franz, mordu par un aigle, est un poussin-garou. Quant à Pavel, mordu par un poulpe, je vous laisse deviner… Pas facile, quand on est si mignon, de faire peur à tout le monde. Les trois amis sont la risée de leur classe, et le désespoir de leur maître… heureusement, ils ont un plan !"

Pour les adultes, de l'imaginaire en premier lieu :

En SF, je vous conseille l'excellent roman de Jean-Claude Dunyach, Trois hourras pour Lady Evangeline, chez L'Atalante.
Ce roman déroutant m'a plu par son inventivité et sa sensualité. Jean-Claude Dunyach y parle merveilleusement de l'adolescence.
"Évangeline, jeune fille de bonne famille à la conduite dévergondée, est envoyée par son père diplomate sur un planétoïde école. Mais une étrange population d’insectes en prend le contrôle. Seule Évangeline en réchappe, au prix d’une métamorphose qui la terrifie.
Cependant, à quatorze sauts-Tau de là, le bâtiment de son père est confronté à un ennemi terrifiant : un nuage de particules intelligentes dévore littéralement les vaisseaux et les colonies humaines.
Pour survivre, Évangeline et son père vont devoir accepter leurs différences et unir leurs forces. Si c’est encore possible."

Autre roman décalé et vraiment une petite pépite : Scrops de Maëlig Duval chez Géphyre. Outre le fait que je sois très heureuse de voir ce roman publié, parce que je l'ai lu dans sa première version et que j'attendais avec impatience qu'il sorte, je suis vraiment enchantée par ce planet-opera burlesque qui parle avec intelligence des relations familiales, de la différence et surtout des Scrops !
"Aux tréfonds de la galaxie, sur l’artificielle Physis, quelques milliers d’humains vivent selon les sages préceptes du Grand Puckman, fondateur de leur colonie. Depuis des générations, ils se félicitent de l’harmonie ainsi créée avec leur planète-fille.
Mais quand disparaît Madeline, qui savourait jusque-là une retraite tranquille auprès de son second mari, un complotiste répète à qui veut l’entendre qu’elle a été mangée par les scrops.
Les scrops ? Ces adorables boules de poils, meilleurs amis des enfants, au bec tout doux et aux petits cris attendrissants ?
Non, impossible. Physis, planète si adorable, avec son herbe bleue et ses poulets de compagnie, ne peut les avoir créés pour faire du mal, n’est-ce pas ?"

En fantasy, choisissez À la pointe de l'épée, d'Ellen Kushner, dans sa magnifique réédition chez Actu SF : c'est un beau livre qui claquera bien sous le sapin. Je l'ai aimé pour sa langue claire et piquante, c'est un très beau tableau de société et une histoire d'amour très juste.
"Richard Saint-Vière est le meilleur duelliste des Bords-d’Eaux. Cela n’empêche pas le bretteur de se retrouver entraîné avec Alec, son amant, dans les intrigues des nobles de la Colline. L'honneur sera-t-il suffisant pour les déjouer ?"

Vous pouvez aussi lire Des Sorciers et des hommes, de Thomas Geha, que j'ai adoré pour sa manière de bazarder les vieux poncifs, pour ses scènes d'une grande poésie et pour une narration pleine de rebondissements qui m'a tenue jusqu'au terme.
"Sur la Grande Île de Colme, quand on sait mettre toute morale de côté, la vie offre de nombreuses opportunités. Boire, voler, rudoyer ou tuer, tel est le quotidien de Hent Guer, un guerrier redoutable, et de Pic Caram, un Sorcier aux Rubans. Tous deux écument routes et cités, à la recherche de proies faciles.
Toutefois, leurs plans se trouvent contrariés lorsqu’un matin de gueule de bois, Hent constate, impuissant, la disparition de Pic."

Inclassable et magnifique, le dernier roman d'Erik L'Homme, chez Calmann-Levy, peut être vu comme de l'anticipation, mais c'est surtout une très belle histoire d'amour, qui m'a beaucoup émue.
"Ce pourrait être le monde de demain. Paris est envahi par une obscurité perpétuelle et livré aux instincts redevenus primaires d’une population désormais
organisée en clans. Dans ce monde urbain terriblement violent, Féral est un des derniers à avoir des souvenirs des temps anciens. Il est aussi un as de la « cogne»,
ces combats à mains nues qui opposent les plus forts des clans dans des sortes de grand-messes expiatoires. C’est lors d’une de ces cognes qu’il rencontre
Livie, qui respire la liberté, l’intelligence, la force. Leur amour est immédiat, charnel, entier. Mais le destin de Féral va se fracasser sur cette jeune femme qui n’est pas libre d’aimer."

Vous pensez que vos amis préféreront des histoires réalistes ? Essayez Le Gang des rêves de Luca Di Fulvio, une fresque historique à New York, très prenante, très forte aussi pour parler de la lutte des classes, de la banalité de la violence et des bas-fonds de la grosse pomme.
"New York ! En ces tumultueuses années 1920, pour des milliers d’Européens, la ville est synonyme de « rêve américain ». C’est le cas pour Cetta Luminata, une Italienne qui, du haut de son jeune âge, compte bien se tailler une place au soleil avec Christmas, son fils.
Dans une cité en plein essor où la radio débute à peine et le cinéma se met à parler, Christmas grandit entre gangs adverses, violence et pauvreté, avec ses rêves et sa gouaille comme planche de salut. L’espoir d’une nouvelle existence s’esquisse lorsqu’il rencontre la belle et riche Ruth. Et si, à ses côtés, Christmas trouvait la liberté, et dans ses bras, l’amour ?"

Dans la veine réaliste, j'ai aussi beaucoup aimé aussi D'origine italienne d'Anne Plantagenet, chez Stock, un roman fort sur la famille et l'immigration, les batailles qu'ont dû mener nos anciens pour trouver une place dans un nouveau pays :
"Je n’ai jamais entendu parler italien dans ma famille, pas même un mot, une expression, et pendant toutes les années où nous sommes allés déjeuner chaque dimanche chez mes grands-parents maternels, j’ai invariablement mangé du poulet rôti avec des pommes de terre. Jamais de pâtes. Pas une fois.
Ces racines-là semblent avoir été arrachées. Tranchées net. Pourquoi ? Je l’ignore. M’ont-elles manqué ? Je n’ai pas cherché à le savoir, n’ai pas posé de questions.

J'ai aussi lu et beaucoup apprécié Les âmes silencieuses de Mélanie Guyard, un texte puissant sur un secret de famille datant de la seconde guerre, très juste et délicat, là encore. Je l'ai offert moi-même à ma grand-mère.
"1942. Héloïse Portevin a tout juste vingt ans lorsqu’un détachement allemand s’installe dans son village. Avides d’exploits, son frère et ses amis déclenchent un terrible conflit. Pour aider ceux qu’elle aime, Héloïse prend alors une décision aux lourdes conséquences...
2012. Loïc Portevin est envoyé par sa mère au fin fond du Berry pour y vider la maison familiale après le décès de sa grand-mère. Loïc tombe sur une importante correspondance entre cette dernière et un dénommé J. Commence pour lui une minutieuse enquête visant à retrouver l’auteur des lettres.
Entre secrets de famille et non-dits, Loïc et Héloïse font chacun face aux conséquences de leurs décisions, pour le meilleur… et pour le pire."

 

Vous n'avez pas un kopeck et vous trouvez pénible que je ne propose que des bouquins qui n'existent pas en poche ? Vous pouvez craquer pour des classiques pas chers avec Une trop bruyante solitude de Bohumil Hrabal ou Filles impertinentes de Doris Lessing. Courts et géniaux, les deux !

J'allais oublier les BD : pour les pré-ados, Lou de Julien Neel, une bd loufoque et merveilleuse, drôle à souhait. Pour les grands, La maison de la plage de Séverine Vidal, une belle histoire de famille, très bien menée et magnifiquement dessinée par Victor L.Pinel.


Enfin, si vos amis n'aiment pas les romans, que diriez-vous d'un documentaire ? Voici Ré-ensauvageaons la France, qui dresse un très beau portrait de la bio-diversité en France, très bien documenté et très digeste, avec des solutions ! Par Gilbert Cochet et Stéphane Durand, chez Actes Sud.
"Au cours du XXe siècle, la défaite du sauvage a semblé totale. Nous avons progressivement fait le vide autour de nous. La litanie des disparitions se poursuit quotidiennement dans l’indifférence des décideurs, et les scientifiques prédisent une annihilation biologique qui ébranlerait jusqu’aux fondements mêmes de la civilisation humaine. Et pourtant, ce livre est un ouvrage optimiste. Tout n’est pas perdu, loin de là. Car, malgré tout ce que nous lui avons fait subir, la nature résiste. Mieux, elle revient ! Notre pays est le mieux placé pour faire en tête, la course de la plus belle nature européenne. Favoriser le retour de la nature sauvage est un excellent facteur de développement. Notre richesse naturelle est renouvelable et non-délocalisable. C’est l’enjeu économique de demain. La place pour la vie sauvage ne manque pas sur notre territoire ; elle ne manque que dans nos têtes. Nous voudrions contribuer à ménager cette place pour le bien-être et l’épanouissement de tous. Hommes, plantes et animaux : nous sommes tous liés et il est grand temps aujourd’hui de renouer avec notre famille. Il en va de notre survie. Une nouvelle alliance est possible, basée sur le triptyque abondance/diversité/proximité : ce livre le démontre."

Enfin, mon dernier coup de coeur : Les rêves d'avant la route d'Aurélia Coulaty et Pierre Wetzel, édité par la Maison Spectre. Magnifique ouvrage mêlant rêves et photos en noir et blanc absolument splendides (faites au collodion humide), c'est un livre puissant parce que beau et plein de poésie, d'espoir.
"Ils s'appellent Knarik, Gohar, Raziat, Mubakar, Gholem ou Jasmina. Ils viennent d'Arménie, du Daghestan, du Darfour, de Guinée ou d'Albanie. Ils attendent dans un centre d'accueil de savoir si la France sera leur terre d'asile. Presque le bout du chemin, presque la fin de la route, dans la promesse ou la résignation de l'ailleurs.
Aurélia Coulaty et Pierre Wetzel auraient pu saisir leur épuisement, leurs doutes, la violence qu'ils ont subie, les épreuves qu'ils ont traversées. Mais l'auteur et le photographe ont choisi de raconter leurs rêves, leurs espoirs. Ceux d'avant la route, ceux d'avant l'exil, qu'ils soient liés ou non à la promesse d'un avenir plus radieux, qu'ils parlent de projets de vie ou tout simplement d'amour.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Tous à poils

Le miroir d'un moment

Les femmes qui lisent sont dangereuses