Lhassa, jours 1 et 2

Chers lecteurs, me voici donc arrivée à Lhassa. Je vous écris de ma chambre, au Mandala hôtel, une résidence de routard vieillotte et fort sympathique, où je mange de délicieuses omelettes le matin, des toasts au beurre de yack et de la tsampa (farine d'orge) mélangé à du thé noir. Le café est abominable par contre. Outre ces considérations culinaires, je me colle le matin à la vitre pour regarder la montagne, qui est plutôt basse et très verte. Comme partout, des pigeons viennent roucouler sur la fenêtre. J'ai été plutôt épargnée par le mal des montagnes qui m'a fait passer une très mauvaise première nuit, avec un lancinant et puissant mal de crâne que le dafalgan ne calmait pas, mais qui depuis a totalement disparu : je suis en forme, quoiqu'encore très fatiguée par le décalage de 6h.
Voilà pour le bulletin santé !
L'arrivée en avion était spectaculaire, d'une beauté rare et j'en pleurais d'émotion : les montagnes hautes de l'est du Tibet formaient un spectacle incroyable, perçant la mer de nuages. Parfois un effondrement de cette vaste plaine blanche impalpable dévoilait une vallée vierge d'habitation. Puis l'arrivée au dessus du Brahmapoutre, les lignes électriques, les installations humaines de plus en plus nombreuses. Le fleuve est immense, il enserre les montagnes, laisse apparaître quelques îles peuplées d'arbres jaunissants. Au sol, l'air est si pur et le ciel d'un bleu incroyable : apparemment il fait presque toujours beau ici, quoique j'arrive dans une saison chaude qui permet de vivre en t-shirt ou pull léger.
Nous passons beaucoup de temps à parler avec Marion, elle m'a emmenée dans la vieille ville visiter une chapelle pour m'expliquer certains principes et me montrer des divinités. Les lampes au beurre éclairent le lieu, abondamment visité. Dans la cour, des moulins à prière en ligne que l'on fait tourner en prononçant un mantra, puis un couloir permettant de faire le tour de la chapelle avant d'y entrer. On en sort à reculons. Un moine nourrit un chat dans un coin, il a un réchaud, une petite cuisine, c'est éclectique et très émouvant. La très forte foi des Tibétains se ressent fortement, on ne peut y être insensible. Dans la rue, les gens tiennent souvent de petits moulins à prières ou ces longs colliers de graines ou de perles qu'ils égrènent sans cesse.
J'ai aussi eu la chance de visiter un jardin extraordinaire : une amie styliste de Marion lui fabrique une robe à partir des déchets que celle-ci a descendu du Tibet. Sur une élégante robe Versace, elle a fixé une bâche bleue d'alpiniste desquelles vont pendre des chapelets de déchets aussi variés qu'on peut l'imaginer : chaussettes, bouteilles et boîtes de conserves rouillées, crampons, bouillotte ou sachets de soupe en plastique.
Nous l'aidons sous un pêcher, au beau milieu de champs de fleurs aux couleurs vives – je n'ai jamais vu autant de couleurs de coquelicots – en écoutant les sifflements des nomades qui rappellent les yacks errant dans la montagne.
Je ne peux vous décrire les odeurs des plantes qui poussent là, pas plus que celle du marché que j'ai vu hier ou des boutiques où les bouchers dissèquent le yack, ni vous montrer mes photos car la connexion est trop lente.
À très vite.

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