Le Potala et Norbulingka

Mardi matin, le jour se lève à peine sur la montagne, les nuages s'accrochent et s'effilochent sur les sommets : il est 7 heures, la ville se réveille. Je retrouve Chime dans le hall, elle est assez speed car nous avons une heure très précise pour entrer au Potala. Elle s'agace sur les taxis, finit par en trouver un qui lui convient et nous voilà parties pour le mythique palais. C'est impressionnant vu d'en bas, c'est une montagne !
Il y a une queue monstre pour l'entrée de 8h40, mais Chime n'a pas envie d'attendre et elle nous fait passer devant tout le monde, après quelques tractations. Ce jour-là, je suis la première étrangère à entrer au Potala... cette femme est incroyable ! Nous montons doucement les innombrables marches de cette cité immense et en grande partie abandonnée. Cette sensation de lieux vidés, je la retrouverai à Sera, deux jours plus tard. Une fois dans la partie haute, nous avons une heure, pas plus : nous commençons par les appartements, dans la partie jaune : c'est beau et touchant de voir les chambres, les lieux de travail. Il y a encore de la vie qui s'accroche aux magnifiques peintures et meubles décorés. Puis nous entrons dans la partie rouge, écrasante de richesse et d'âge. Des tombes monumentales, surtout celle du Vè Dalaï-Lama qui a fondé ce palais sur la colline rouge avoisinent des stupas de même envergure. De très nombreuses salles sont tapissées, du sol au plafond, de petites cases où sont rangées les écritures. Marion m'a indiquée que le papier utilisé auparavant était fait avec la racine d'une plante, l'astragalus, qui est toxique, afin que les rats ne mangent pas les manuscrits.
Nous sortons par l'arrière et croisons des officiels qui entrent par la petite porte. Nous faisons alors la kora, avec les pélerins, c'est toujours aussi touchants de voir tous ces Tibétains, venus de partout, faire ce pélerinage. Certains le font en se prosternant, il y a beaucoup de vieilles personnes, de moines, de nonnes. Les touristes font des photos, les priants récitent des mantras en tournant les moulins à prière.
Nous papotons avec Chime et, quand elle apprend que je suis allée dans une maison du thé sans goûter aux nouilles tibétaines, elle décide de m'y initier ! Nous allons donc dans une maison près du Potala, je suis la seule étrangère et elle m'offre des nouilles tibétaines au yak. Les Tibétains me regardent, me sourient. Nous nous asseyons à une table basse avec deux messieurs et nous faisons des échanges courtois de thé. Dès que le niveau baisse un peu dans les verres, Chime, l'un ou l'autre des messieurs ou moi-même nous précipitons pour les remplir. Chime a son propre verre dans son sac : cela ne m'étonne pas, c'est une pratique courante, en général avec le bol que le nomade, drokpa, transporte toujours avec lui. Les nouilles sont délicieuses et les nonnes qui nous regardent s'amusent de me voir les manger avec les baguettes en essayant de ne pas me mettre du bouillon partout.
Nous allons ensuite vers Norbulingka à pied, ça fait une trotte, mais cela me permet d'observer la vie ici. Les grosses voitures sont nombreuses et Chime râlent sur les familles riches qui en ont 3 ou 4, nous parlons assez librement.
Norbulingka est un parc immense qui abrite les résidences d'été des Dalaï-lamas : chacun se faisait construire son pavillon et nous visitons ces différents lieux, assez semblables, sauf celui du dernier, plus moderne (radios, salle de bain moderne, etc), dont la visite m'émeut d'autant plus que je l'ai vu au cinéma, et surtout que sa présence est encore palpable. Le parc est propre et beau, sauf dans le fond, on voit que la réhabilitation n'est pas totale. Il y a des fleurs partout, les moines habitent encore ici en petit nombre et nous en croisons quelques-uns ou découvrons leurs vêtements qui sèchent sur un fil au détour d'une allée. Le parc est serein, à l'opposé de la vie grouillante au dehors.
Après cette visite, nous retrouvons Marion et Chime nous laisse au marché du Potala. Marion y fait quelques courses car c'est le seul lieu où elle trouve des produits importés comme des feuilles d'algue, du porridge ou du lait de coco. Sauf qu'on ne sait jamais ce qu'il y aura ni dans quel état ce sera ; les produits sont périmés en général. Elle pioche un drôle de camembert de Hollande, du bicarbonate de soude, du mascarpone, etc. Il y a des vendeurs de tofu frais, de viande de yack, de poissons, de crabes et d'écrevisses importés. On trouve même de la foccacia.
La journée se termine par une bonne séance de travail chez Marion, en mangeant du lotus et une salade de pousses très épicée.

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