vendredi 22 juillet 2016

Question de genres...

En préambule, une citation de la très appréciée, voire même vénérée... Mme de Sévigné !! 

Eh oui, j'avoue, elle a aussi de bons côtés.
D'ailleurs, si vous n'avez pas lu encore l'hommage, discret, que je lui rends dans Les Lettres volées, n'hésitez pas, le bouquin plaît beaucoup et je serais ravie d'en parler avec vous !

Donc, cette femme parfois fort drôle disait à Ménage :

"Madame de Sévigné s’informant de ma santé, je lui dis : Madame, je suis enrhumé. 
Je la suis aussi, me dit-elle. 
Il me semble, lui dis-je, Madame, que selon les règles de notre langue, il faudrait dire, Je le suis. 
Vous direz comme il vous plaira, ajouta-t-elle, mais pour moi je croirais avoir de la barbe si je disais autrement."
Ménage, Menagiana, ou les bons mots, les pensées critiques, historiques, morales et d’érudition de Monsieur Ménage, recueillies par ses amis, seconde éd.augmentée. Paris, Delausne, 1694, p. 87

Uh uh uh ! Mme de Sévigné réagissait là contre une nouvelle règle d'accord de l'académie française, cette vilaine institution qui a si mal fait son travail depuis bientôt 5 siècles. Comme l'expliquent Aurore Evain et  Eliane Viennot, les grammairiens au début du XVIIe siècle établissent comme règle l’emploi du pronom “le” invariable, mais il faut plusieurs générations pour qu’elle s’impose, et ce sont les femmes qui y résistent le plus.

Je bosse sur le sujet dans l'hypothèse d'un tome 2 aux aventures de Mlle de Sévigné (je ne suis pas encore décidée...) et j'ai trouvé de forts intéressants articles sur le sujet grâce à Véronique Roméo.

En résumé, au XVIIème, la transformation de la société, du féodalisme à la monarchie absolue, a écrasé les velléités féminines d'indépendance et a relégué la femme à un rôle subalterne. Je vous en ai déjà parlé car c'est un des sujets qui m'intéressent dans Les Lettres volées, la façon dont les Précieuses ont été ridiculisées car elles étaient dangereuses pour le pouvoir masculin en place. Je n'ai fait qu'ébaucher encore cela, c'est pour ça que je pense au tome 2.
Dans la langue, cela s'est traduit par la transformation du genre des mots : les noms féminins de métier ont disparu, les trucs négatifs, mous ou associés à la féminité sont devenus féminins de genre et à l'inverse les trucs couillus et poilus sont devenus masculins.

Un erreur est devenu une erreur, un insulte est devenu une insulte, une art devient un art, une honneur devient un honneur.

Je ne vais pas vous faire un article complet sur la sexualisation des mots de la langue française au XVIIème, mais plutôt vous proposer une petite sitographie qui en parle mieux que moi. Le premier article est parfait pour avoir une vue exhaustive !

http://sexes.blogs.liberation.fr/2015/05/31/le-mot-autrice-vous-choque-t-il/

http://www.page-seauton.com/auteur-auteure-ou-autrice/









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