lundi 12 mai 2014

Promotion canapé ?


Il y a un truc qui m'énerve en ce moment, bien sûr avant ça me passait au-dessus de la tête, c'est d'entendre à droite à gauche des murmures qui disent "faut être pistonné pour entrer chez Bragelonne", "faut être amis avec eux", voire même : "faut coucher". Comme je suis en vacances et que j'ai du temps, je vais, une fois n'est pas coutume, répondre aux trolls.


piston /pis.tɔ̃/ masculin : (Familier) Recommandation, protection.
Le piston fait trop souvent plus pour l’avancement que le mérite personnel.


On peut appeler ça aussi du copinage mais ce terme suppose que le bouquin n'est pas si bon que ça, que l'éditeur a voulu faire plaisir à l'auteur et que sans leur amitié ou leur liaison torride, le bouquin aurait fini aux chiottes.

C'est là que l'accusation est vexante.

Pour parler de ma propre expérience (ooh, oui, encore une preuve de mon nombrilisme), il y a tout juste 4 ans, je ne connaissais pas Bragelonne, je savais à peine ce que faisait cette maison et, shame on me, je n'en avais jamais lu. Oui, bon, je suis une bouseuse de la vallée, je n'ai lu que des classiques jusqu'en 2004, que de la jeunesse, des polars et de la blanche jusqu'en 2010. J'ai découvert la SFFF moderne pour adultes en arrivant chez Cocy.
Mais alors comment est-il donc possible de rentrer chez Bragelonne ?

Euh... en bossant ? Rembobinons la cassette : en 2011, je viens présenter mon premier roman aux Imaginales, roman que j'ai envoyé par la poste et qui a été accepté par le Jasmin. Je dîne avec mon ami Paul Beorn et chance, Stéphane Marsan. Il sait déjà qui je suis parce qu'on a discuté à Zone Franche où je représentais Cocyclics. A un moment, on parle du rapport des enseignants à la littérature jeunesse et je leur explique mon point de vue et ma démarche avec Callioprofs. J'ai créé le site il y a 8 ans, à l'époque où il n'y avait pas du tout de blog littéraire, et donc fort peu de chroniques littéraires jeunesse si ce n'est sur des sites comme Ricochet.

Quelques mois plus tard, la responsable de Castelmore me re-contacte sur le conseil de Stéphane pour que je fasse un support pédagogique (à l'époque, j'en avais déjà faits pour Hachette et le Jasmin). Surprise, pas besoin de vendre mon corps, il m'a suffit d'être... Une personne qui sait de quoi elle parle ? Quelqu'un avec un CV éloquent ? Bref... quelqu'un de pro ?

De fait, depuis, j'ai des discussions avec mes employeurs et comme ils savent que j'écris, ils me demandent ce que je fais... et comme ils aiment ce que je fais et qu'ils pensent que ça peut être commercialement rentable de me publier, ils le font... oh surprise ! Ils ont des réactions d'éditeurs en fait.

Incroyable mais en fait, les éditeurs sont tout excités comme des pous à l'idée de trouver un nouvel auteur inconnu et amateur (c'est le rêve de l'éditeur : trouver la perle rare), pourtant ils n'attendent pas le passage du facteur comme si c'était le messie. "Pourquoi ?" me direz-vous ! D'une parce qu'il n'y a que 10% des romans reçus qui valent le détour, de deux parce qu'ils n'ont pas tous les moyens d'avoir un comité de lecture pour trier cette masse, de trois parce que chez ceux qui ont les moyens les 10% se réduisent à 1 quand on a écarté les romans trop (rayez la mention inutile) long/court/déjà fait/bizarre/hors collection etc. et seul 1% peut être rentable.
Et encore.

Ils regardent donc autour d'eux, parmi leurs collègues, leurs employés, leurs connaissances. Et c'est ainsi qu'ils trouvent de nouveaux auteurs, parmi les déjà auteurs qu'ils rencontrent dans des dîners ou parmi les professionnels de l'édition qui écrivent aussi. Parfois les rencontres se font suite à l'intervention d'un tiers du milieu, à qui ils font confiance : "Tiens, machin a écrit ça, c'est bien, tu veux le lire ?". Ou alors un auteur déjà publié chez X envoie son manuscrit à un nouvel éditeur Y.
Dans tous ces cas de figures, le livre doit être bon, ou du moins rentable, pour être accepté. Bref, comme dans tout boulot, les professionnels sont en contact. Unbelievable !



Parce qu'en définitive, les éditeurs ayant besoin de gagner leur vie en générant de l'argent, ils cherchent des livres qui vont bien se vendre, surtout dans un secteur en criiise comme on nous le répète souvent. Donc ils ne publient pas des livres non rentables pour faire plaisir à leurs très bons amis ou amants, même si parfois ils voudraient bien. Ils publient leurs amis quand ils font du bon travail. Parce qu'ils aiment travailler avec leurs amis. Mais surtout parce qu'ils ont fait du bon travail.

Vous trouverez peut-être malgré tout un exemple ou deux d'éditeurs ayant publié des amis, ou des amants, pour leur faire plaisir même si le roman était pourri. Mais je doute que vous trouviez un exemple d'un éditeur qui publie une connaissance, ou un coup d'un soir, pour lui faire plaisir, sans que le bouquin vaille un clou.




In fine, pour être publié, il fait être dans les 1% d'amateurs ou être déjà dans les professionnels ET avoir écrit un livre rentable.
Vous pouvez coucher aussi, si l'occasion se présente, mais ça, c'est en plus. Par contre, si le bouquin est invendable, vous pouvez courir à poil sur le boulevard, ou imiter un dauphin dans la fontaine des Innocents en petite tenue, ça ne changera rien à l'affaire.


3 commentaires:

  1. Très bon article (comme d'habitude !) ! Et j'aime beaucoup l'image du dauphin ;-)

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  2. "In fine, pour être publié, il fait être dans les 1% d'amateurs..." => il faut être.

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  3. parce que c'est mal de sous-mariner sans se présenter : voilà, j'aime bp ce blog, le ton et le contenu.
    On se croisera peut-être un jour sur un salon. :) J'apprécierais vraiment de discuter 3 mn avec toi.
    A., prof, auteur jeunesse, et rêvant de Milady.

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