mardi 13 mai 2014

Des hommes sans couleur ?

A la fin du mois de mai ont lieu depuis 15 ans les Imaginales et cette année, j'en suis encore !

J'ai hâte de glandouiller au bord de la rivière dont je ne me rappelle jamais le nom, de voir les copains et de rencontrer plein de lecteurs : il y a toujours de très belles rencontres aux Imaginales. Cette année, je viens présenter mes 3 nouveaux romans, le tome 3 de Moana, les Fortune cookies, 14-14.

Pour les petites infos, c'est par là : http://www.imaginales.fr/silene-edgar/

Alors, à part boire des coups avec les copains, je vais animer le Speed-dating, le vendredi de 18H à 20H dans un lieu secret  (pas la peine de me demander où c'est) :

Kézako ?
Les auteurs en herbe peuvent rencontrer, avec leur manuscrit et en tête-à-tête, un directeur de collection et ont 10 minutes pour le convaincre de lire leur ouvrage... Chaque auteur obtiendra de précieux conseils des professionnels de l’édition. Un plus pour tous ceux qui rêvent d’être publiés !

Et puis le samedi, avec Paul, nous participons à un café littéraire sur le thème, La Première Guerre mondiale… sous un éclairage différent. Et il y aura Didier Daeninckx !! Je suis très fière et j'ai hâte d'y être. Vous ne connaissez pas cet auteur ?

En troisième, on étudie beaucoup Cannibale, parce que c'est un roman coup de poing, un très beau texte, humain, tendre, révoltant... Citations ?

Nous avons longé la Seine, en camion, et on nous a parqués derrière des grilles, dans un village kanak reconstitué au milieu du zoo de Vincennes, entre la fosse aux lions et le marigot des crocodiles. Leurs cris, leurs bruits nous terrifiaient. [...] Au cours des jours qui ont suivi, des hommes sont venus nous dresser, comme si nous étions des animaux sauvages. Il fallait faire du feu dans des huttes mal conçues dont le toit laissait passer l'eau qui ne cessait de tomber. Nous devions creuser d'énormes troncs d'arbres, plus durs que la pierre, pour construire des pirogues tandis que les femmes étaient obligés de danser le pilou-pilou à heures fixes. [...] J'étais l'un des seuls à savoir déchiffrer quelques mots que le pasteur m'avait appris, mais je ne comprenais pas la signification du deuxième mot écrit sur la pancarte fichée au milieu de la pelouse, devant notre enclos : Hommes anthropophages de Nouvelle-Calédonie.

Tu vois, on fait des progrès : pour lui nous ne sommes pas des cannibales mais seulement des chimpanzés, des mangeurs de cacahuètes. Je suis sûr que quand nous serons arrivés près des maisons, là-bas, nous serons devenus des hommes.

Vous tous qui dites "hommes de couleur", seriez-vous donc des hommes sans couleur ?

Surtout Didier Daeninckx, c'est un des premiers à évoquer en littérature le 17 octobre 61, ce jour où Maurice Papon, préfet de police nommé par De Gaulle, a ordonné à ses policiers de tuer les Algériens qui manifestaient. On ne sait toujours pas officiellement combien il y a eu de morts, de blessés. 2 d'après la police, 200 voire plus en vrai.

Ca me touche parce que mon père, minot de 13 ans, a vu tout ça depuis la rue des Marguerites, qui donnait sur le bidonville de Nanterre où étaient parqués les Algériens dans des conditions abominables.
Il le raconte dans ses romans.

3 commentaires:

  1. Article émouvant… J’avais été choqué par le récit du footballeur Christian Karembeu, son arrière grand-père avait été exhibé dans une cage du Jardin d'acclimatation lors de l'Exposition coloniale de 1931… :(

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  2. Oui, c'est terrible ! Il faudrait pouvoir remonter dans le temps afin de faire entendre raison à nos stupides aïeux ! Nous n'en pouvons plus de notre suffocante culpabilité, car nous sommes bien coupables ! Jusqu'à la fin des temps ! On peut même parler de culpabilité ontologique. Nous mériterions de disparaitre, nous qui sommes le Mal, le Mal absolu, total, intégral...

    Salutations détachées à l'indicateur de police (politique) Didier Daeninckx...

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    1. Parfois des gens étranges comme vous passent ici pour exprimer une colère ou une joie, je garde leurs commentaires quand ils sont littérairement intéressants : merci pour votre prose poétique, Anonyme, bien belle journée !

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