Une rupture survenue dans la conscience entre le réel et l'imaginaire


Ce matin, comme d'ailleurs les autres matins, je bosse d'arrache-pied pour ces oraux qui se rapprochent. Tic tac, dans deux semaines, j'y suis, sans doute à cette heure-même. 
J'ai lu le mois dernier une magnifique définition de l'épopée par un monsieur savant au nom printanier, qui s'appelle Paquette. Et tout en donnant avec clarté tous les éléments pour définir ce genre littéraire très particulier, il m'a émue par sa poésie. 

Vous êtes en train de vous dire que, si je finis par être émue en lisant des articles poussiéreux, c'est que l'agreg a fini de transformer mon cerveau en bouillie. 




Je vous laisse juger, on verra bien, laissez votre verdict en commentaire. Les citations sont en vert, mes commentaires en orange (crépusculaire).





Donc, d'après M. Paquette,  l'épopée est le récit d'une action héroïco-guerrière se déroulant sur le double plan de l'histoire et de la fiction.

Voici les noms des épopées les plus importantes, si j'en oublie, ajoutez ! : Gilgamesh (-2000 Babylone), Maha-Bharata (-1000 Inde), Iliade (-800 Grèce), Beowulf (800 Grande-Bretagne), Shchâh-Nâmeh (Perse 1000), Heike-Monogatari (XIIè Japon), La Chanson de Roland (XIIè France), Sundjata (XIIIè Mali), Le dit du prince Igor (1187 Russie), Chanson des Nibelungen (XIIIè Allemagne), Le Poème du Cid (1207 Espagne), Saga d'Erik le Rouge (Islande, XIIIe), Sacré Graal (1975 Silène's world)



Elle n'est donc pas qu'un récit sur les fondations historiques d'une culture, elle est elle-même fondatrice de cette culture. Son dessein et son destin se confondant avec le développement de la communauté que l'épopée fonde en quelque sorte symboliquement.

L'épopée, dont le rôle de nécessité anthropologique est capital, s'épuise sitôt ses conditions disparues. 

Il n'y a qu'une véritable épopée par civilisation : une fois que l'épopée a été écrite et qu'elle a participé à la fondation de la culture qui l'a fait naître, il n'est plus possible d'en écrire, ce ne sont que des imitations, ou comme dans le cas de l'Enéide, des constructions savantes mais artificielles. 

Elle suit un mouvement qui va de l'historicité en tant que vérité à la fiction en tant qu'aspiration à un ordre trans-historique.

Les auteurs, les trouveurs / trouvères, s'inspirent de l'histoire et la transforment comme une matière molle, pour que les événements particuliers prennent un sens mythique.

L'insistance avec laquelle le narrateur rappelle sans cesse à son destinataire la crédibilité de ce qu'il raconte ne doit pas faire illusion.

Il faut que l'épopée parle au peuple de son histoire en lui donnant des figures, les héros, et des symboles, les batailles et les combats.

C'est un abîme où l'esprit humain, à l'âge des héros, est en train de reconnaître la profondeur de l'écart entre la puissance émotive de l'histoire et le pouvoir novateur de l'invention ; 


(j'adore ce passage.)

et c'est dans cet abîme que vient se loger la forme épique comme solution au problème d'une rupture survenue dans la conscience entre le réel et l'imaginaire. 

Et voilà... c'est magnifique, non ? Je comprendrais que vous disiez non : ça me navrerait car je prendrais alors conscience de la rupture survenue dans ma conscience entre le réel et l'agrégation, mais je ne vous en voudrais pas. Vous m'aiderez à en sortir, après.


© George Silk / Getty Images

Commentaires

  1. Mais oui, je les trouve très belles moi aussi, ces réflexions sur l'épopée ! Et j'ai souri à l'évocation de l'artificialité de l'Enéide : je n'avais jamais compris ce qui me gênait dans ce texte à la poétique si maîtrisée, mais c'est certainement ce sentiment, justement, d'artificialité. Heu... j'ai des idées de reprise d'études classiques qui me viennent subitement, là. Je vais me reprendre et aller faire du repassage plutôt !

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  2. J'espère que tu as renoncé à l'idée de faire du repassage...

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