mardi 11 mars 2014

Une cage remplie de fauves

Un texte essentiel pour moi, mais totalement improbable dans le répertoire d'une lycéenne française, ça a été Père de Strindberg, un auteur suédois. Un ami de mon père m'avait demandé de jouer la jeune fille de la pièce dans la mise en scène qu'il en faisait pour sa compagnie de théâtre. J'ai bossé dessus pendant toute mon année de terminale et j'ai adoré. Le metteur en scène avait convoqué Francis Bacon, Escher et les Pink Floyd pour un décor et une ambiance sonore détonante et je me rappelle avec bonheur de nos 7 représentations.

De là, je me suis passionnée pour Ibsen dont j'ai vu la Maison de Poupée avec Dominique Blanc en 1997. Un moment de théâtre incroyable.

En tout cas, je vous conseille de lire cette pièce angoissante dont voici le syno :

"Le Père (en suédois Fadren) est une pièce de théâtre d'August Strindberg écrite en Suède en 1887 et créée en 1890. C'est le récit d’une lutte entre homme et femme, époux et épouse, père et mère. L’affrontement entre le Capitaine et sa femme Laura se cristallise sur l’éducation de leur unique fille Bertha. Ce désaccord profond les entraîne dans une lutte sans merci, véritable guerre conjugale qui conduira le père à la folie et à sa perte."

Nietzsche en a dit : « Cela m’a beaucoup surpris d’avoir fait la connaissance d’une œuvre où ma propre conception de l’amour - en tant qu’arme de guerre dont l’origine est la haine mortelle qui oppose les sexes - est exprimée d’une façon grandiose »


« Le Capitaine : Laura, épargne-moi, épargne ma raison ! Tu ne comprends absolument rien à ce que je dis. Si l’enfant n’est pas de moi, je n’ai aucun droit sur elle, et n’en veux aucun ; c’est bien ce que tu désires, n’est-ce pas ? A moins que tu ne veuilles encore davantage ? Veux-tu garder ton pouvoir sur l’enfant et ne me considérer que comme un père nourricier ?
Laura : Je veux le pouvoir, oui. Car enfin, de quoi s’agit-il dans cette lutte à mort, sinon précisément de pouvoir ? »


Couple, paternité, maternité, féminisme, misogynie, tout un ensemble de thèmes mêlés dans une intrigue en huis-clos angoissante, affolante au sens propre puisque Le Capitaine finit fou.

Pour achever de vous convaincre, cette chronique de Litté-rature, toute pleine de spoilers :

« Diabolique », c’est le premier mot qui me vient à l’esprit en fermant le livre de Strindberg. Cette pièce nous montre toute l’étendue de la soif de pouvoir d’une femme, Laura, sur son mari, Le Capitaine. En désaccord quant à l’éducation qu’ils souhaitent donner à leur fille, Bertha, les époux ne cessent de se disputer puisque Le Capitaine souhaite voir sa fille partir dans une pension en ville, projet que refuse Laura. Personnage féminin machiavélique, Laura décide d’ourdir un terrible plan pour que tout le monde croit que son mari est atteint de folie. Elle consulte dès lors le Docteur Oestermark pour l’en persuader. Auparavant, Laura a pris soin d’insuffler le doute dans l’esprit de son mari en lui rappelant qu’il est impossible pour un homme de savoir s’il est réellement le père de son enfant. Questionnant la paternité, qui définit tout l’être du Capitaine, qui vit littéralement pour sa fille, Laura touche là où la douleur est la plus aiguë. Le Capitaine se perd alors dans des questions sans vraies réponses et dont seule Laura détient la clé, prouvant par là sa supériorité de la femme sur l’homme.


« Le Pasteur : Oui, il y a trop de femmes qui commandent dans ta maison. 
Le Capitaine : N’est-ce pas ? On se croirait dans une cage remplie de fauves. Et si je ne leur mettais pas de temps à autre le fer rouge sous le nez, elles me déchireraient toutes à belles dents. »




C’est clairement ce doute quant à l’identité du père de Bertha qui mène Le Capitaine à sa propre perte. Il ira, par exemple, jusqu’à jeter une lampe en direction de Laura. Alors que la pièce commençait dans une atmosphère somme toute légère où les hommes riaient de l’emprise des femmes sur eux, elle se finit sous la forme d’un drame pathétique dans lequel Le Capitaine finit destiné à l’asile. Véritable guerre des sexes, Père nous révèle, par les conflits que l’œuvre met en place, jusqu’où la machination peut aller : même Margret, vieille nourrice du Capitaine, décide de participer à son enfermement à l’asile, en acceptant de lui passer la camisole de force.
 La mort du Père, qui clôt la pièce, montre la sordide victoire de Laura sur l’homme qu’elle a affaibli et sur lequel elle veut à tout prix montrer sa suprématie. Dans le constant jeu entre folie et lucidité dans lequel est pris le Capitaine se révèlent pourtant des vérités universelles et angoissantes, qui rendent le drame d’autant plus touchant : « Personne ne connaît ses propres origines. [...] On ne sait jamais rien, il faut se contenter de croire. »

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