Le bandit de grand chemin

Toujours sur Benjamin, je découvre sa conception des fragments et de la citation et je suis subjuguée :

voilà exactement ce qu'il me semble possible de faire avec ces petits morceaux de pensées d'autrui que je vous livre depuis des mois :

Une citation doit être comme le bandit de grand chemin qui détourne le lecteur de ses convictions.

Comme une seule expérience fait éclater les représentations plus sûrement  sûrement qu'un long discours, une citation exige  "la bourse ou la vie" plus sûrement qu'une longue réécriture de la pensée d'autrui...

Et Benjamin propose de les intégrer sans faire de chichis dans ses propres textes. La citation, le fragment brillant d'un autre auteur peut être avalé, digéré et recraché dans un texte plus vaste qui contienne à la fois la pépite et la gangue de pensée du nouvel auteur. Cela est tellement moins égocentrique et hypocrite de citer que de faire croire qu'on a réinventer le fil à couper le beurre !
au moins peut-on retrouver la trace !

C'est aussi tellement moins snob car il est possible au lecteur du nouvel auteur (en l'occurrence, vous qui êtes là) d'identifier sans peine le premier et de ne pas le lire autrement que dans ce fragment. Cela suppose bien sûr que le lecteur 2 fait confiance à l'auteur 2 en tant que lecteur 1 de l'auteur 1... Mais après tout, puisqu'il n'aurait de toute façon pas lu le premier auteur, ce n'est pas grave... Et celui qui lit les deux peut les confronter et se faire lui-même Auteur 3 pour affirmer sa propre pensée, n'est-ce pas le merveilleux bouillonnement intellectuel auquel nous aspirons ?

La plus grande faiblesse de la pensée contemporaine me paraît résider dans la surestimation extravagante du connu par rapport à ce qui reste à connaître.
André Breton

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