jeudi 6 mars 2014

Dans ma sotte candeur

Pour exprimer ce que ressent l'auteur qui soumet à la lecture d'un de ses bêta-lecteurs, d'un de ses proches ou de son éditeur,  je laisse parler une fois de plus Nabokov, dans Autres rivages :


"Dans ma sotte candeur, je croyais avoir écrit quelque chose de beau et d'étonnant. En la rapportant à la maison, pas encore écrite, mais si achevée que même les signes de ponctuation en étaient imprimés sur mon cerveau comme un faux pli de l'oreiller sur la chair d'un dormeur, je ne doutais pas que ma mère n'accueillît mon oeuvre avec des larmes heureuses de fierté. L'idée qu'elle pourrait peut-être, ce soir-là précisément, être beaucoup trop absorbée par d'autres événements pour écouter mes vers, ne m'effleura même pas. Jamais encore je n'avais désiré plus ardemment sa louange. Jamais je n'avais été plus vulnérable.
 J'avais les nerfs à vif à cause de l'obscurité de la terre, qui s'était emmitouflée à mon insu, et de la nudité du firmament qui, à mon insu également, s'était dévêtu. Au-dessus de ma tête, entre les arbres sans forme bordant mon sentier qui fondait, le ciel nocturne était pâle d'étoiles. En ce temps-là, ce merveilleux fouillis de constellations, de nébuleuses, de trouées interstellaires, tout dans ce spectacle impressionnant, provoquait en moi une sensation indescriptible de nausée, d'extrême panique, comme si je pendais de la terre, la tête en bas, au-dessus de l'abîme de l'espace infini, la gravité terrestre me retenant encore par les talons, mais étant sur le point de me lâcher d'un moment à l'autre."

N'est-ce pas tout ça à fait juste ?

 Editeur, entends ma voix
 et sois bon avec moi,
 la prochaine fois
 que je me livre-rai à toi !

1 commentaire:

  1. C’est marrant que tu parles de cette attente, c’est justement l’un des thèmes de mon dernier article, hihi ;)

    RépondreSupprimer