Découvrir Walter Benjamin

Ce matin, je vous propose de découvrir un peu plus avant Walter Benjamin. Qui était cet homme ?

C'est lui qui a écrit par exemple : « Le cours de la narration est en chute libre. La première guerre mondiale l’a rendue caduque, voire impossible. Les soldats revenus muets du front en sont l’allégorie la plus puissante. »

Il a réalisé un très beau livre sur les Passages parisiens, il a étudié les grands auteurs du début du XXème et en a fait une lecture passionnante.
Voici quelques éléments de biographie (source France Culture) :

Walter Benjamin par Caceres
"Né à berlin en 1892 dans une famille juive assimilée, Walter Benjamin s’est suicidé à la frontière entre la France et l’Espagne le 26 septembre 1940 devant la menace d’être livré aux nazis et envoyé à la mort, alors qu’il avait obtenu un visa pour les Etats-Unis. Il est enterré à Port-Bou sans que l’on sache exactement où est sa tombe. Il vivait exilé en France depuis 1933, date à laquelle il avait quitté Berlin."

"Si intolérable que soit l'atmosphère en Allemagne, où les regards se portent sur le revers du veston avant de remonter ou de préférence de ne pas remonter vers le visage, je peux être sûr de ne pas avoir cédé à un mouvement de panique. C'est au contraire la pure raison qui en l'occurrence commandait d'agir très vite, et il n'est personne parmi mes proches qui en ait jugé autrement." Correspondance

"Philosophe proche de l’Ecole de Francfort, écrivain et traducteur, Walter Benjamin a pensé de façon radicalement différente les logiques de représentation dominant la première moitié du vingtième siècle et a proposé des lectures nouvelles de l’histoire, de la littérature, des œuvres d’art mais aussi du rapport de l’art au politique et en particulier au marxisme."

Brecht et Benjamin
« Je sentais en marchant mes pensées se bousculer comme un kaléidoscope — à chaque pas une nouvelle constellation ; de vieux éléments disparaissent, d’autres se précipitent ; beaucoup de figures, si l’une d’entre elles persiste, elle s’appelle “une phrase”. »

Il est mort mystérieusement, à Port-Bou, contraint au suicide par les nazis qui le poursuivent.

Quelques morceaux 

Ce passage qui ouvre Enfance Berlinoise, à propos du parc berlinois Tiergarten, me plaît et m'amuse puisque que je suis allée m'exercer à cet art qu'il définit suite à la lecture que j'en ai faite :

« Ne pas trouver son chemin dans une ville, ça ne signifie pas grand- chose. Mais s’égarer dans une ville comme on s’égare dans une forêt demande toute une éducation. Il faut alors que les noms des rues parlent à celui qui s’égare le langage des rameaux secs qui craquent, et des petites rues au cœur de la ville doivent pour lui refléter les heures du jour aussi nettement qu’un vallon de montagne. Cet art, je l’ai tardivement appris ; il a exaucé le rêve dont les premières traces furent des labyrinthes sur les buvards de mes cahiers. »
Et cet autre passage s'attache bien aussi à ce voyage à Berlin : « ... voyager, n’est-ce pas triom- pher, se débarrasser des passions enracinées qui sont attachées à notre environnement habituel et avoir ainsi une chance d’en cultiver de nouvelles, ce qui est tout de même bien une espèce de métamorphose. »
Ecrits autobiographiques, « Espagne 1932 »

« Des souvenirs, même lorsqu'ils s'étoffent, ne constituent pas toujours une autobiographie. [...] L'autobiographie a trait au temps, au déroulement et à ce qui fait le continuel écoulement de la vie. Or il est question ici d'espace, de moments, de discontinuité. Car même si des mois et des années surgissent ici, c'est sous la forme qu'ils ont à l'instant de la remémoration. Cette étrange forme - qu'on l'appelle éphémère ou éternelle - n'est en aucun cas la matière dont elle est faite, celle de la vie."

Je suis émue quand je lis ce qu'il dit sur Proust, tant il synthétise ce que j'ai pu ressentir moi-même, et sans doute tout lecteur de Proust : « J'admire sa manière, stupéfiante [...], de retrouver l'usage probablement général des grands poètes qui tirent leurs métaphores de tout ce qui est proche et paraît futile, et de rendre comme mobile tout un ensemble enche- vêtré de situations banales et rebattues au bénéfice d’une expression plus pro- fonde, d’introduire dans les perceptions les plus labiles, en les coulant dans l’expres- sion d’une image, une densité magnifique et percutante. »


Le concept de l'aura  (source Wikipédia)


« Qu’est-ce au juste que l’aura ? Une trame singulière d’espace et de temps : l’unique apparition d’un lointain, si proche soit-il. »



Vous comprendrez pourquoi je m'intéresse à lui particulièrement :

"Walter Benjamin introduit le terme d’aura en 1931 dans son essai Petite histoire de la photographie (suivi en 1936 de L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique), pour caractériser la spécificité de l’œuvre d'art qui est unique, liée à un endroit précis et qui s’inscrit dans l’histoire. Il définit l’aura comme « l'unique apparition d’un lointain, quelle que soit sa proximité » (einmalige Erscheinung einer Ferne, so nah sie auch sein mag). Pour illustrer son propos, il donne l’exemple d’un observateur admirant une chaîne de montagnes un jour d’été. Le sentiment qu’il ressent à un moment précis ne pourra pas être reproduit parce qu’il est impossible de reproduire cet instant. L'inaccessibilité de l’œuvre d’art s’explique pour lui de ses origines dans des rites magiques et plus tard religieux. Les dernières traces de ses origines rituelles sont visibles dans le mouvement de l’art pour l’art.

La reproductibilité technique a pour conséquence la perte de l’aura, parce que la copie acquiert une autonomie vis-à-vis de l’original par le fait que l’œuvre est placée dans de nouveaux contextes, qu’il devient possible de changer de point de vue, d'opérer des grossissements. En plus la copie va vers l’observateur, devient accessible dans des situations nouvelles et est sortie de tout contexte historique et spatial. Ainsi l’œuvre devient un objet commercial.

Ses écrits sont utilisés aujourd'hui par ceux qui étudient la culture populaire. En effet, Benjamin attribue un rôle positif à des aspects de la culture de masse, et ne la réduit pas à un pur produit de fausse conscience."



Oeuvres en ligne

Petite histoire de la photographie (traduit par André Gunthert, pour la revue Études photographiques).


Quelques ressources : 

Les archives d'une expo

Une série d'émissions de France Culture :

http://www.franceculture.fr/personne-walter-benjamin.html

Dont un épisode m'intéresse particulièrement : il s'agit d'une petite émission de 24 minutes sur Benjamin collectionneur de jouets. Il faisait même une émission de radio rigolote et touchante sur le sujet. J'étudie cette année son "Enfance Berlinoise" et je suis donc d'autant plus curieuse de son rapport aux jouets et aux enfants.



Un documentaire d'Arte :



Commentaires

  1. Un écrivain passionnant, quelle triste destin… Merci pour la découverte.

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  2. Réponses
    1. De rien, je suis vraiment contente si j'ai pu te faire découvrir cet auteur merveilleux. Je mettrai d'autres extraits demain.

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