Cinema vs littérature 3

L'image de la mort ?

Le cinéma est-il un art du réel ou de l'irréel ? La virtualité de la fiction cinématographique ne s'impose pas d'emblée puisque l'image invite à l'accepter comme réelle : "on s'y croirait"... Pourtant, c'est "l'absence irrémédiable du corps représenté" (Barthes), et le cinéma se révèle tout aussi mensonger que la littérature : il n'est pas plus réel que les mots quoiqu'il en donne plus facilement la grande illusion ! Mais le miroir qu'il semble constituer n'est nourri que des reflets du réel, et qui plus est de reflets morts : on évoque souvent le pouvoir morbide de la photo, qui vole les âmes en les fixant sur la pellicule, le cinéma a le même pouvoir thanatographique et souvent, au cinéma, on voit des vivants regardant des films pour se rappeler leurs morts, dans une mise en abyme étonnante !

Mais nous sommes si friands de cette impression de réalité que même la platitude de l'image, preuve irréductible de la virtualité de ce que nous voyons, nous essayons de la combattre avec la 3D ! Etonnante impression de réalité qui n'est qu'un simulacre de plus, un ensemble de signes, exactement comme les mots forment un livre, une oeuvre littéraire.

Encore une preuve de notre facilité à nous laisser tromper ? Personne n'est gêné par la musique au cinéma... Elle est là, elle accompagne les images, même en pleine mer, même sur la lune... Comme si soudain cette chanson sirupeuse à 2 sous sortait vraiment des hauts-parleurs de l'arène dans Hunger games 2, juste pour accompagner le baiser des amoureux !



Points de vue et énonciation


Le littérature s'est arrogé le droit d'accéder à l'intériorité des personnages, c'est une de ses spécialités. Quoiqu'il soit évident (depuis le behaviorisme pour la référence savante) qu'on ne peut jamais pénétrer l'intériorité de l'être humain, la littérature en donne l'illusion grâce aux points de vue interne et omniscient qui permettent d'être dans la tête d'un ou de plusieurs personnages. Au cinéma, on est forcément dans l'extériorité, l'appréhension est extérieure, la focalisation externe, mais en fait, il y a toutes sortes de stratégies pour développer l'intériorité du personnage : 

— la caméra subjective : tout est filmé comme si on voyait de l'intérieur du personnage.
— les pensées en voix off
— les images mentales, les rêves
— les flash-backs avec des montages un peu spéciaux qui représentent les souvenirs du personnages...

Et, comme la littérature emploie la métaphore, le cinéma crée des images qui traduisent l'intériorité du personnage : l'exemple le plus frappant est celui de la pluie sur la vitre qui accompagne les périodes tristes des héros.


Temporalité

Enfin un point commun ! Le roman comme le film sont contraints de se déployer dans la successivité : dans un défilement continu de mots et d'images. A la différence de la peinture, de la sculpture qui fige en une image, un mouvement. La peinture même narrative, car beaucoup de tableaux racontent des histoires ou construisent des scènes (Guernica, Les Sabines, Les Ménines...), rassemble en un seul espace tous les éléments synchrones et l'on peut lire cette histoire dans tous les sens, ce qui oblige le créateur à penser ces lectures d'ensemble, de détails, de gauche à droite et de droite à gauche. Le romancier, le réalisateur, pense leur oeuvre dans son déroulement. 


Or, comment exprimer le passé ? Le langage filmique n'a pas un système de temps verbaux comme le langage verbal qui lui permettrait de montrer simplement que ce morceau du film est avant celui-là, comme le plus-que-parfait montre que cette scène du roman est avant celle à l'imparfait.

Le recours aux flash-backs est une solution mais nous les regardons comme s'ils étaient actuels, nous sommes dans un présent qu'un procédé de montage quelconque nous indique comme passé. Sauf que si nous sommes allés faire pipi au moment où on a basculé dans le passé, rien ne nous permet de comprendre cette différence. A moins d'utiliser la couleur sépia, comme dans Un long dimanche de fiançailles, ou de référer aux connaissances historiques du spectateur, ou à du texte incrusté... En littérature, pas de problème, les temps verbaux sont un indice constant et fiable.
Finalement, c'est plus compliqué au cinéma !

Pour finir, un petit hommage en image à un acteur que j'ai adoré dans The big lebowski, Le Talentueux M.Ripley ou récemment dans Hunger Games 2. D'après cette photo, il admirait aussi Pierrot le fou de Godard, ce qui ajoute encore à mon regret de l'avoir perdu.


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