lundi 6 janvier 2014

La majeure partie du reste du monde se mit à compter pour du beurre

Parce que j'ai passé la journée d'hier à écouter des conférences sur Montesquieu fort ennuyeuses, je

vous épargne toute réflexion littéraire et je vous propose plutôt de partager mon émerveillement pour l'adaptation de L'écume des jours par Michel Gondry.

Voici la belle scène de rencontre de Chloé et Colin dans le roman de Vian ;

" -Tiens!...dit Colin, Alise et Chick sont déjà là?
-Oui, dit Isis. Venez, je vous présente...
La moyenne des filles était présentable. L'une d'elles portait une robe de lainage vert amande, avec de gros boutons en céramique dorée, et, dans le dos, un empiècement de forme particulière.
-Présentez-moi surtout à celle-là, dit Colin.
Isis le secoua pour le faire tenir tranquille.
-Voulez-vous être sage, à la fin?
Il en guettait déjà une autre et tirait sur la main de sa conductrice.
-C'est Colin, dit Isis. Colin, je vous présente Chloé.
Colin avala sa salive. Sa bouche lui faisait comme du gratouillis de beignets brûlés.
-Bonjour! dit Chloé...
-Bonj... Êtes-vous arrangée par Duke Ellington? demanda Colin...
Et puis il s'enfuit, parce qu'il avait la conviction d'avoir dit une stupidité.
Chick le rattrapa par un pan de sa veste.
-Où vas-tu comme ça? Tu ne vas pas t'en aller déjà? Regarde!...
Il tira de sa poche un petit livre relié en maroquin rouge.
-C'est l'original du Paradoxe sur le dégueulis, de Partre...
-Tu l'as trouvé quand même? dit Colin.
Puis il se rappela qu'il s'enfuyait et s'enfuit.
Alise lui barrait la route.
-Alors, vous vous en allez sans avoir dansé une seule petite fois avec moi? dit-elle.
-Excusez-moi, dit Colin, mais je viens d'être idiot et ça me gêne de rester.
-Pourtant, quand on vous regarde comme ça, on est forcé d'accepter...
-Alise...geignit Colin, en l'enlaçant et en frottant sa joue contre les cheveux d'Alise.
-Quoi, mon vieux Colin?
-Zut...Zut... et Bran!... Peste diable bouffre. Vous voyez la fille là?...
-Chloé?...
-Vous la connaissez?...dit Colin. Je lui est dit une stupidité, et c'est pour ça que je m'en allais.
Il n'ajouta pas qu'à l'intérieur du thorax, ça lui faisait comme une musique militaire allemande, où l'on entend que la grosse caisse.
-N'est-ce pas qu'elle est jolie? demanda Alise.
Chloé avait les lèvres rouges, les cheveux bruns, l'air heureux et sa robe n'y était pour rien.
-Je n'oserais pas! dit Colin.
Et puis, il lâcha Alise et alla inviter Chloé. Elle le regarda. Elle riait et mit la main droite sur son épaule. Il sentait ses doigts frais sur son cou. Il réduisit l'écartement de leurs deux corps par le moyen d'un raccourcissement du biceps droit, transmis, du cerveau, le long d'une paire de nerfs crâniens choisis judicieusement.
Chloé le regarda encore. Elle avait les yeux bleus. Elle agita la tête pour repousser en arrière ses cheveux frisés et brillants et appliqua, d'un geste ferme et déterminé, sa tempe sur la joue de Colin.
Il se fit un abondant silence alentour, et la majeure partie du reste du monde se mit à compter pour du beurre."


Voici son interprétation au cinéma.


L'Ecume des jours - Extrait exclusif : la... par VODOrange Superbe, non ?

Vous en voulez encore ?
http://www.lecumedesjours-lefilm.com/
http://www.borisvian.org/

1 commentaire:

  1. Ah ! Heureux que tu aies apprécié ce film, pour ma part je l’ai beaucoup aimé ! Même si adaptater l’Ecume des jours est un peu une mission impossible. C’est l’un de mes livres de chevet (je l’ai lu trois ou quatre fois).

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