Tant que nous aurons des livres, nous ne nous pendrons point.


Ce matin, je prouve ce que je dis. Depuis des semaines, je peste, je râle, je rouspète en parlant de Sévigné, cette grande madame qui m'assomme avec ses lettres dégoulinantes de crème. Car tout le monde l'admire pour sa capacité à fourrer de la crème partout sans en avoir l'air : elle a du style pour exprimer ses sentiments de mille façons différentes, certes, mais ce n'en est pas moins ronflant ! Passées les belles lettres sur le mariage de Mademoiselle, la mort de Vatel et le feu du quartier, c'est la barbe !

Et bien, comme j'ai passé ma journée d'hier à relever les citations utiles pour les placer dans ma dissertation, je peux vous offrir un petit florilège, qui n'est pas piqué des vers... Si vous ressentez les mêmes douleurs que moi, je vous offre un dafalgan de bon coeur ! Allez, go, bienvenue dans l'enfer de la guimauve !

« ce cruel mercredi […] ; c'était le propre jour de votre départ. J'étais si affligée et si accablée que j'étais même incapable de chercher de la consolation en vous écrivant. »
Et c'est le début de la fin...

« La pensée […] de voir que ce carrosse allait toujours en delà, est une des celles qui me tourmentent le plus. »
On mettrait ça dans un film aujourd'hui, on ricanerait.

« Il était bien juste, ma bonne, que ce fût vous la première qui me fissiez rire, après m'avoir tant fait pleurer. »
Allez, une petite dose de culpabilisation !

« Hélas ! ma bonne, vous ne vous trompez pas, quand vous pensez que je suis occupée de vous encore plus que vous ne l'êtes de moi, quoique vous me le paraissiez beaucoup. Si vous me voyiez, vous me verriez chercher ceux qui m'en veulent parler ; si vous m'écoutiez, vous entendriez bien que j'en parle. »
Là, c'est quand elle court le quartier pour parler de sa fille.

« Je n'en ai reçu que trois, de ces aimables lettres qui me pénètrent le cœur » 
« Vous comprenez bien, ma belle, que de la manière dont vous m'écrivez, il faut bien que je pleure. »
Encore de la culpabilisation...


Ma douleur serait bien médiocre si je pouvais vous la dépeindre
Ne te sens donc pas obligée...

« il me semble que je suis toute nue, qu'on m'a dépouillée de tout ce qui me rendait aimable. »
Ah...
« Je pense à vous sans relâche, et de quelle façon ! »
Oh !
« car enfin, ma bonne, de bonne foi, vous m'êtes toutes choses, et vos lettres que je reçois deux fois la semaine font mon unique et sensible consolation en votre absence »
Mouais..
« Dès que j'ai reçu une lettre, j'en voudrais tout à l'heure une autre ; je ne respire que d'en recevoir. »
Pfff..
« Je suis si absolument et entièrement à vous qu'il n'est pas possible d'y ajouter quelque chose. » 
Mais arrête-toi, alors !!!

Lucidité ? Eh non, mauvaise foi...
« Est-il possible que les miennes vous soient agréables au point que vous me le dites ? Je ne les trouve point telles au sortir de mes mains »

Encore plus de mauvaise foi...
« Pour moi, j’aime les narrations où l’on ne dit que ce qui est nécessaire, où l’on ne s’écarte point ni à droite ni à gauche… ; enfin je crois que c’est ici, sans vanité, le modèle des narrations agréables. »

Et pourtant, sa fille l'avait prévenue !
« Je sens tous les jours ce que vous me dites une fois, qu'il ne faut point appuyer sur ces pensées. Si l'on ne glissait pas dessus, on serait toujours en larmes, c'est-à-dire moi. »

« c'est un grand bonheur que vous les aimiez [lettres de la marquise], car, de la manière dont vous en êtes accablée, vous seriez fort à plaindre si cela était autrement »
Tout juste, Auguste !

« Vous sentez donc l'amour maternel ; j'en suis fort aise. Eh bien ! Moquez-vous présentement des craintes, des inquiétudes, des prévoyances, des tendresses, qui mettent le cœur en presse, du trouble que cela jette sur tout la vie ; vous ne serez plus étonnée de mes sentiments »
J'ai la nausée !!

Pour finir, cette chère madame s'exclame : « Enfin, tant que nous aurons des livres, nous ne nous pendrons point. » Voilà la preuve ! Elle n'imaginait pas du tout qu'on publie ces lettres, c'est certain !

Commentaires

  1. En résumé : quoi de pire qu'une mère abusive ?...

    Tes commentaires m'ont bien fait rire, en tout cas.

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  2. J'avoue que je m'amuse bien aussi... ça m'aide à les apprendre par coeur !

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  3. C'est bien la première fois que je ris en lisant Madame de Sévigné... Merci Silène !

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  4. "Elle n'imaginait pas du tout qu'on publie ces lettres, c'est certain ! »

    Hahahaha :D Enorme ! ^^

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