dimanche 12 janvier 2014

La réponse du vieux pruneau

Aujourd'hui, la réponse du vieux pruneau !

 Donc voici la réponse de Gustave
"[...]
Je ne fais pas « de la désolation » à plaisir ! croyez-le bien ! mais je ne peux pas changer mes yeux ! Quant à mes « manques de conviction », hélas ! les convictions m'étouffent. J'éclate de colères et d'indignations rentrées. Mais dans l'idéal que j'ai de l'Art, je crois qu'on ne doit rien montrer, des siennes, et que l'Artiste ne doit pas plus apparaître dans son oeuvre que Dieu dans la nature. L'homme n'est rien, l'oeuvre tout ! 
Cette discipline qui peut partir d'un point de vue faux, n'est pas facile à observer, et pour moi, du moins, c'est une sorte de sacrifice permanent que je fais au Bon Goût. Il me serait bien agréable de dire ce que je pense, et de soulager le sieur Gustave Flaubert, par des phrases. Mais quelle est l'importance dudit sieur ? "
Ah ah, ça me rappelle de vieux débats dans la mare de Cocyclics, sur la place de l'auteur et la place du texte : il y avait ceux qui plaçaient le texte avant l'auteur, niant qu'on doive prendre soin de l'auteur sous le prétexte qu'il met de soi dans le texte. Ils pensaient l'oeuvre prioritaire à la psychologie de son créateur. Il me semble au contraire que l'auteur doit se sentir protégé en tant que personne pour créer sereinement. Bien sûr, il est malmené par ses bêtas en tant qu'auteur, mais si certains soins sont pris, il peut éviter de tomber dans l'introspection personnelle et se concentrer sur l'ouvrage qu'il a entre les mains.
 Pour autant, je ne crois pas que l'auteur se mette entièrement dans l'oeuvre, il ne fait que s'y projeter, comme le dit Calvino : "La condition préliminaire de toute œuvre littéraire est la suivante : la personne qui écrit doit inventer ce premier personnage qui est l’auteur de l’œuvre. Qu’une personne se mette tout entière dans l’œuvre qu’elle écrit, voilà quelque chose qu’on entend fréquemment mais qui ne correspond à aucune vérité. Ce n’est jamais qu’une projection de soi que l’auteur met en jeu dans l’écriture, et ce peut être la projection d’une vraie part de soi-même comme la projection d’un moi fictif, d’un masque. Ecrire présuppose toujours le choix d’une attitude psychologique, d’un rapport avec le monde, d’une position de la voix, d’un ensemble homogène de moyens linguistiques, de données d’expériences et de fantasmes, en somme, d’un style. L’auteur est auteur dans la mesure où il entre dans un rôle, comme un acteur, et s’identifie avec cette projection de soi dans le moment où il écrit."

En fait, Flaubert ne nie pas cette présence liée à l'acte d'écrire, mais il veut l'effacer, comme il le dit dans une autre lettre, à Louise Colet : "L’auteur, dans son œuvre, doit être comme Dieu dans l’univers, présent partout, et visible nulle part. L’art étant une seconde nature, le créateur de cette nature-là doit agir par des procédés analogues : que l’on sente dans tous les atomes, à tous les aspects, une impassibilité cachée et infinie. L’effet, pour le spectateur, doit être une espèce d’ébahissement. Comment tout cela s’est-il fait ? Doit-on dire ! et qu’on se sente écrasé sans savoir pourquoi."
On en revient au traitement prodigué au lecteur. Il n'en a cure, il veut le berner, le tromper, le perdre et seuls les plus malins surnageront.
Et il recommence à m'énerver. Dans le reste de la lettre, il part sur des considérations sur le Beau et je pense à Rimbaud qui a pris ce genre de Beauté sur les genoux pour l'injurier. Je vous épargne ces divagations, elles sont sur le site indiqué avant-hier.



"[...]
Votre
Cruchard.
de plus en plus rébarbaratif""
Tu l'as dit, Gustave...

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