L'on devient magnifique, sans l'avoir jamais été.

Ce matin, lisant Pascal et ce Discours sur les passions de l'amour, je me note pour moi une idée
d'écriture qui serait de suivre pas à pas les recommandations de ces moralistes du XVIIème pour peindre les caractères amoureux de mes personnages. J'avais déjà comme modèles le manuel d'Ovide sur L'art d'aimer et les Caractères de La Bruyère (demain, je vous fais partager le passage merveilleux sur l'amour-propre), j'adopte Pascal.

Comment transcrire dans une histoire moderne une peinture si fidèle du sentiment amoureux ?

Voici quelques extraits du chapitre VI, le texte est court, vous le trouverez ici à la lecture :
http://www.intratext.com/ixt/FRA0341/
et là à l'écoute :
http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/pascal-blaise-discours-sur-les-passions-de-lamour.html


Les auteurs ne nous peuvent pas bien dire les mouvements de l'amour de leur héros : il faudroit qu'ils fussent héros eux-mêmes.

[...]

En amour un silence vaut mieux qu'un langage. Il est bon d'être interdit ; il y a une éloquence de silence qui pénètre plus que la langue ne sauroit faire. Qu'un amant persuade bien sa maîtresse quand il est interdit, et que d'ailleurs il a de l'esprit ! Quelque vivacité que l'on ait, il est bon dans certaines rencontres qu'elle s'éteigne. Tout cela se passe sans règle et sans réflexion ; et quand l'esprit le fait, il n'y pensoit pas auparavant. C'est par nécessité que cela arrive.

[...]


Nous connoissons l'esprit des hommes, et par conséquent leurs passions, par la comparaison que nous faisons de nous-mêmes avec les autres. Je suis de l'avis de celui qui disoit que dans l'amour on oublioit sa fortune, ses parents et ses amis : les grandes amitiés vont jusque-là.

Ce qui fait que l'on va si loin dans l'amour, c'est que l'on ne songe pas que l'on a besoin d'autre chose que de ce que l'on aime : l'esprit est plein ; il n'y a plus de place pour le soin ni pour l'inquiétude. La passion ne peut pas être sans excès ; de là vient qu'on ne se soucie plus de ce que dit le monde, que l'on sait déjà ne devoir pas condamner notre conduite, puisqu'elle vient de la raison. Il y a une plénitude de passion, il ne peut pas y avoir un commencement de réflexion.


[...]


Cet oubli que cause l'amour, et cet attachement à ce que l'on aime, fait naître des qualités que l'on n'avoit pas auparavant. L'on devient magnifique, sans l'avoir jamais été. Un avaricieux même qui aime devient libéral, et il ne se souvient pas d'avoir jamais eu une habitude opposée : l'on en voit la raison en considérant qu'il y a des passions qui resserrent l'âme et qui la rendent immobile, et qu'il y en a qui l'agrandissent et la font répandre au dehors.

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