Ce n'est pas triste les vieilles écorces.

Hier, un ami nous a quittés. Je souhaitais lui rendre hommage ici et mettre ce blog en veille pendant quelques jours.


Cette nuit-là, je ne le vis pas se mettre en route. Il s'était évadé sans bruit. Quand je réussis à le rejoindre, il marchait, décidé, d'un pas rapide. Il me dit seulement :
- Ah ! Tu es là ...
Et il me prit par la main. Mais il se tourmenta encore :
- Tu as eu tort. Tu auras de la peine. J'aurai l'air d'être mort, mais ce ne sera pas vrai ...
Moi, je me taisais.
- Tu comprends. C'est trop loin. Je ne peux pas emporter ce corps-là. C'est trop lourd.
Moi, je me taisais.
- Mais ce sera comme une vieille écorce abandonnée. Ce n'est pas triste les vieilles écorces.

Antoine de Saint-Exupéry - Le Petit Prince


Tu vas me manquer. Tu étais un grand bonhomme, tu étais si intelligent et si bon. Avec ton fort caractère et ta culture sans limite. Avec ton sourire. Entier.

Tu as été là depuis ce salon du Mans, mon premier salon, quand tu m'as dit : "Ecris-moi quelque chose." Et je ne t'ai pas cru. Mais tu me l'as dit encore, à Epinal, pour mes premières Imaginales : "Tu ne m'oublies pas, hein ?". Alors je t'ai écrit un roman. Et tu l'as aimé. Mais on n'a pas réussi à le publier celui-là. Alors tu m'as dit : "Tu veux m'en écrire un autre ?". J'ai dit oui et j'en ai écrit un autre. Et tu l'as aimé aussi, mais finalement, on s'est encore ratés. 
Alors voilà, j'ai ces deux romans-là, ce sont les tiens, je les publierai et ils seront pour toi. Tu seras dans chacun d'eux. 
Je t'embrasse, vieille écorce. Je ne pourrai plus penser à la reine Margot, aux dolipranes ni aux chênes truffiers sans penser à toi. Sans sourire à travers les larmes.
Je pense à tes proches.
Ca vaut ce que ça vaut mais tu resteras une figure tutélaire. Merci. 
Merci et au revoir.

Commentaires

  1. C'est un très bel hommage, ma Sophie. Je t'embrasse très très fort. Il vivra à travers nos romans, et vous ceux auxquels il a participé...

    RépondreSupprimer
  2. Je ne lui ai parlé qu'au téléphone, après lui avoir envoyé Kaefra. Il m'a dit que j'écrivais bien, même si ce roman-là n'était pas pour lui. J'ai noté ses remarques et ses encouragements, ce sont de précieux repères pour moi aujourd'hui.
    Oui, il vivra à travers des milliers d'histoires. Les vieilles écorces rejoignent la terre, et de cette terre jaillissent de nouvelles pousses.

    RépondreSupprimer
  3. un bien bel hommage... Douces pensées, Sophie. Et pour ses proches aussi. <3

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Tous à poils

Les femmes qui lisent sont dangereuses

La carte du tendre