samedi 23 novembre 2013

Et l'imaginaire devint l'autre voie !



Un excellent questionnement de  Raymond Queneau présenté par Audrey Mirlo sur le site Lettres et Arts.
 Cet article me semble une réponse intéressante à la question 'Pourquoi les auteurs de la seconde moitié du XXè se sont-ils tournés de façon de plus en plus importante vers les genres de l'imaginaire ?

"L’impossibilité d’écrire des romans extérieurs à l’Histoire, tel est l’obstacle sur lequel les auteurs du XXe siècle butent. C’est ce que Queneau signifie lorsqu’il écrit :
Il y eut des époques ou l’on pouvait raconter une vie d’homme en faisant abstraction de tout événement historique […]. Mais dès 1930, il fallut déchanter […]. Depuis, il s’est passé suffisamment d’événements pour que l’on conçoive mal une œuvre romanesque quelconque, placée « dans la réalité », qui non seulement puisse les passer sous silence, mais encore ne soit obligée de leur attribuer un rôle important et même prépondérant, même dans une histoire d’amour, même dans un récit d’adolescent[1].
L’omniprésence de la réalité historique charge la boîte à cartouches romanesque de projectiles explosifs. Rien n’assure qu’elle s’en sorte elle-même indemne. La littérature se trouve prise en défaut quand elle ambitionne de surplomber le paysage historique ; tiraillée entre l’insignifiance et l’allégeance aux événements, elle vacille et bascule. Sa pratique tombe finalement dans l’autojustification alors qu’on la voue au changement. Romancer l’Histoire relève à la fois de la gageure et de la promesse mais cela revient déjà à prendre le temps en main. [...] Queneau consigne dans son journal :
ARMISTICE
Enthousiasme incroyable.
Moi, je me suis emmerdé[2].
Comment lier l’homme et l’Histoire alors même que cette dernière semble le déposséder ? Comment les
imbriquer ; comment les impliquer ?"


Le texte complet ici : 

  • [1] « Lectures pour un front », Bâtons, chiffres et lettres, [1945], « Paris, Gallimard, 1950, pp. 136-137.
  • [2] Journaux, 11 novembre 1918, p. 41.

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