samedi 9 novembre 2013

Après que j'aie...


Après que j'aie lu ce matin la grammaire bleue (Grammaire méthodique du français), je vous livre ici un extrait qui sera le préambule à un manifeste clair et concis (en bas de l'article). C'est rude, je sais, on est samedi matin mais c'est nécessaire pour en finir avec le purisme absurde des francophones quant à leur langue. Donc si vous avez pas envie ce matin, buvez votre tasse de café tranquillement et, sitôt aluni, revenez tout à l'heure ! 


"(Les) grammaires dires normatives ou prescriptives [...] se proposent d'enseigner le bon usage de la langue et [...] édictent à cet effet des règles privilégiant un usage particulier au détriment d'un autre, fût-il le plus répandu. En voici quelques exemples :
[...]
— Les auteurs d'un ouvrage grammatical récent citent alunir et avénusir comme exemples pour illustrer "la formation parasynthétique des verbes de deuxième groupe". Mais l'éditeur (!) condamne ces deux formes dans une note en bas de page : "Verbes à éviter : on préférera atterrir sur la lune, atterrir sur Vénus."
— Ailleurs se trouvent stigmatisés : 
après que suivi du subjonctif; 
les constructions indirectes du verbe pronominal se rappeler et du verbe pallier, (ndrl : sont considérés faux "il se rappelle de nos noms" / "il pallie à son absence")
la réduction de la négation à son deuxième élément : Elle boit pas [...],
le non-respect des règles d'accord du participe passé précédé de l'auxiliaire avoir,
(ndrl : je simplifie parce qu'ils causent compliqué) la non-correspondance entre le sujet et le participe passé apposé dans Sitôt habillés, elle envoie ses enfants à l'école, 
Et bien d'autres constructions qui sont aujourd'hui largement utilisées, surtout dans le discours parlé.

Pourtant les usages proscrits ne constituent pas tous des "fautes" [...] Au contraire, utilisés à bon escient, ce sont souvent des façons de parler tout à fait normales, donc correctes, mais parfois encore condamnées au nom d'une échelle de valeurs implicitement idéologique.

Sous sa forme extrême, le parti pris normatif débouche sur le purisme, attitude esthétique visant à figer la langue à un certain stade de son évolution censé représenter un idéal intangible (par exemple, le français des grands auteurs "classiques").

Les vraies fautes contre la langue sont d'un tout autre ordre. 
 Les unes sont des formes irrécupérables qui contreviennent aux règles communes [...] * Je courirai / * Je lui ai écrit afin que je l'avertisse / * Est Paul encore là ? / * La romaine armée.
 Les autres ne concernent pas les formes proprement dites, mais le fait qu'elles soient employées mal à propos (par exemple, un discours de réception à l'Académie française truffée d'expressions argotiques ou, inversement, des propos familiers émaillés d'imparfaits et de plus-que-parfaits du subjonctif). Les effets comiques provoqués par ce genre de disconvenances montrent clairement que le véritable "bon usage" consiste à choisir celui des "français tels qu'on les parle" qui correspond à la situation de discours, au statut respectif des interlocuteurs et à leurs intentions communicatives."

Je pense pour moi-même que c'est d'autant plus stupide de défendre le "bon français" que la masse populaire (nous) se fait alors chevalier d'une idéologie bourgeoise (nos dirigeants depuis la Révolution qui a interdit les dialectes régionaux pour la soi-disant unité de la République) qu'elle a adopté sans même s'en rendre compte. On doit bien parler, on a pas le droit de faire des fautes, c'est mal et on est impitoyablement jugé sur notre orthographe comme sur nos vêtements. Comme nos vêtements refléteraient exactement notre personnalité, notre orthographe refléterait notre intelligence ?

Cocteau : «Ma main écrit ce que lui dicte mon œil, et non ce qu'elle devrait, si bien qu'il m'arrive souvent de faire des fautes, auxquelles il faut veiller.» Entendez-vous la culpabilité dans ce propos : devrait, il faut... 

Combien de fois on me dit : "Tu es prof de français ? Je suis pas bon en français" : mais ce n'est pas vrai... il est très rare que ces gens parlent "mal". 


L'expression "parler bon français" devrait être bannie bien plus rapidement que l'usage du subjonctif après "après que" !!!

Quand j'entends : "parle bon français !", j'entends le maître qui empêche l'enfant alsacien de parler sa langue, j'entends le colonisateur qui parle à l'enfant noir, j'entends l'idéologie passéiste du XIXème qui nous contraint, nous infantilise et nous culpabilise. 

Notre diversité socio-culturelle suppose une grammaire vive et en mutation constante : défendons-la. 

Comment ? 

1/ Il n'y a pas 1 "bon" français. Il y a des français. (le double-sens de ces phrases est assez significatif à ces heures où l'on constate le racisme latent en France)

2/ L'écrivain est seul autorisé par la société bien-pensante à faire évoluer le français à l'écrit, s'il fait un usage parcimonieux de ses "fautes". Profitons-en pour faire évoluer l'usage.

3/ Dans chacun de vos romans, de vos nouvelles, de vos textes, glissez, s'il vous plaît, une "faute" qui n'en est pas une, c'est-à-dire un usage oral que tout le monde emploie, mais qui n'est pas encore accepté à l'écrit. J'en ai mis quelques-unes ici. Et ne cédez pas quand l'éditeur vous demandera de la corriger !

1 commentaire:

  1. *clap clap clap*
    J'ai tout lu (et je suis sûre que mes textes sont pleins de "fautes" :) )

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