Dialogue à travers les siècles

L'autre jour, je parlais d'intertextualité, en voici un exemple concret : ces deux textes semblent se répondre.

Hugo d'abord. Les deux premières strophes sont les plus intéressantes, quoiqu'empreintes d'une forte symbolique religieuse qui parle peu aujourd'hui. La suite me semble vraiment trop mégalomane, je vous l'épargne.


« Fonction du poète »

Dieu le veut, dans les temps contraires,
Chacun travaille et chacun sert.
Malheur à qui dit à ses frères :
Je retourne dans le désert !
Malheur à qui prend ses sandales
Quand les haines et les scandales
Tourmentent le peuple agité !
Honte au penseur qui se mutile
Et s’en va, chanteur inutile,
Par la porte de la cité !

Le poète en des jours impies
Vient préparer des jours meilleurs.
Il est l’homme des utopies,
Les pieds ici, les yeux ailleurs,
C’est lui qui sur toutes les têtes,
En tout temps, pareil aux prophètes,
Dans sa main, où tout peut tenir,
Doit, qu’on l’insulte ou qu’on le loue,
Comme une torche qu’il secoue,
Faire flamboyer l’avenir !

Victor Hugo, Les Rayons et les ombres, 1840

Eluard à présent, 


Extrait d'une conférence prononcée à Londres, le 24 juin 1936.

Depuis plus de cent ans, les poètes sont descendus des sommets sur lesquels ils se croyaient. Ils sont allés dans les rues, ils ont insulté leurs maîtres, ils n'ont plus de dieux, ils osent embrasser la beauté et l'amour sur la bouche, ils ont appris les chants de révolte de la foule malheureuse et sans se rebuter, essaient de lui apprendre les leurs.

Peu leur importent les sarcasmes et les rires, ils y sont habitués, mais ils ont maintenant l'assurance de parler pour tous. Ils ont leur conscience pour eux.

Paul Éluard, L'Évidence poétique, 1937







Commentaires

  1. Oh, encore plein de choses intéressantes à lire ! Merci Silène !

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