Bêta-lecture

Un des principaux moyens pour moi de progresser dans cet art difficile qu'est l'écriture a été, et reste, la bêta-lecture des autres. Travailler sur les romans des amis, leur faire des retours détaillés, échanger avec eux et avec leurs autres bêta-lecteurs est une fabuleuse façon d'avancer pour moi.

Je découvre ainsi des façons talentueuses de traiter telle ou telle difficulté, de gérer dialogues et descriptions, gestion de la tension ou caractérisation des personnages.
Ainsi, Syven a le chic pour trouver des formules, le truc qui me donne le sourire et elle campe ses persos comme personne. Nadia Coste sait parfaitement faire monter le suspens tout en créant des temps de repos pour doser ses effets. Paul Beorn est un amoureux des mots et cela se sent jusque dans les détails puisque les impropriétés sont rarissimes dans ses textes. Maëlig est dans le même cas et elle a une capacité extraordinaire à faire ressentir les choses, comme si l'on pouvait toucher ou sentir ce qu'elle décrit. Cindy crée des images avec un bonheur que je lui envie.

J'apprends aussi à repérer les défauts récurrents, à expliquer clairement ce qui pose problème et je révise ma grammaire à fond systématiquement, ayant toujours à portée de main un ouvrage de référence (j'utilise la grammaire de Pellat-Riout-Riegel) et un dico.
Je m'amuse de retrouver les tics ou petits défauts de mes amis : Syven saute parfois trop vite d'une idée à l'autre. Nadia est fâchée avec le passé simple. Paul a du mal avec la spatialisation, on ne sait pas toujours clairement où est qui ou quoi à tel moment. 

Et, en comparant mes bêtas avec celles des autres, je m'aperçois que je suis de mauvais conseil sur certains points car je fais les mêmes erreurs : les phrases juxtaposées sans aucun lien de Cindy me ravissent par exemple, puisque j'en abuse aussi ! 

Maëlig n'a pas de défaut récurrent en fait, je pense qu'elle a du génie.

Ce qui me plaît encore plus dans cet exercice est qu'il permet de sortir de l'isolement de l'écriture et qu'il n'engage pas pour autant dans un tête-à-tête avec un autre auteur puisqu'en général nous travaillons à deux ou trois sur les textes. C'est vraiment plaisant de demander "et Machine, elle en a pensé quoi ?" et de repérer ce que nous avons trouvé en commun, comme qualités et comme défauts, et aussi de donner un autre point de vue, quand nous ne sommes pas d'accord.

C'est aussi particulièrement intéressant de voir les auteurs évoluer : Nadia Coste en est un exemple parfait. Elle ne cesse de s'améliorer à tel point que, dans son dernier roman, il n'y avait plus rien à dire, quelques bricoles, histoire de ne pas passer pour une rigolote. Bien sûr, un professionnel lui demandera sûrement un re-travail mais, à mon petit niveau, je ne peux que constater qu'elle s'est enrichie de toutes nos lectures pour ne plus avoir besoin de nous.

Enfin, le plus grand des plaisirs, je pense, est la connaissance approfondie que j'ai de ces gens qui sont avant tout des amis, à travers leurs récits. Je les ai regardés sous toutes les coutures, ces bijoux sortis de leur imagination et, quand nous nous retrouvons, il y a entre nous une complicité étrange, particulière, de deux imaginaires qui se croisent. Parfois même, nous nous retrouvons dans leurs livres, avec cet honneur de pouvoir se dire, à soi, en secret... "Cette phrase-là, l'auteur a peut-être pensé à moi en l'écrivant."



Commentaires

  1. ... Pas mieux que Nadia.
    Voilà, j'ai envie de me remettre à la bêta maintenant... ^^

    RépondreSupprimer
  2. C'est un très bel article. Je suis toute émue d'en lire la complicité qui en ressort.

    RépondreSupprimer
  3. Je me joins aux autres. Très chouette article et vive la bêta-lecture !

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Tous à poils

Les femmes qui lisent sont dangereuses

La carte du tendre