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Jour 6 - L'ermitage Drak Yerpa

Mercredi, je retrouve Chime, Marion et notre chauffeur pour aller à Drak Yerpa, un lieu d'ermitage situé à une heure de Lhasa. C'est un lieu peu fréquenté par les touristes, mais pour lequel les pèlerins viennent de très loin. Sur place, nous allons par exemple en croiser qui viennent du Ladakh et de la région au pied de l'Everest, qu'ils soient laïcs, en famille ou moines et nonnes. Le lieu est incroyable : à flanc de montagne s'accrochent de nombreuses petites maisons blanches et rouges, aux toits d'or, pour abriter l'entrée des grottes où, depuis des siècles, viennent les yogis et lamas en retraite. Les plus grands maîtres du bouddhisme tibétain sont venus faire des retraites ici, de plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois, y compris les grands dirigeants du Tibet. Les chapelles troglodytes abritent des statues, des autels et même une salle de rituel où se réunissent les moines qui vivent sur les lieux. Dans l'ancien temps, les grottes n…

Le Potala et Norbulingka

Mardi matin, le jour se lève à peine sur la montagne, les nuages s'accrochent et s'effilochent sur les sommets : il est 7 heures, la ville se réveille. Je retrouve Chime dans le hall, elle est assez speed car nous avons une heure très précise pour entrer au Potala. Elle s'agace sur les taxis, finit par en trouver un qui lui convient et nous voilà parties pour le mythique palais. C'est impressionnant vu d'en bas, c'est une montagne !
Il y a une queue monstre pour l'entrée de 8h40, mais Chime n'a pas envie d'attendre et elle nous fait passer devant tout le monde, après quelques tractations. Ce jour-là, je suis la première étrangère à entrer au Potala... cette femme est incroyable ! Nous montons doucement les innombrables marches de cette cité immense et en grande partie abandonnée. Cette sensation de lieux vidés, je la retrouverai à Sera, deux jours plus tard. Une fois dans la partie haute, nous avons une heure, pas plus : nous commençons par les appa…

Lhassa, jours 3 et 4

Chers lecteurs, que c'est difficile de trouver du temps ! En 4 jours, j'ai vu les plus belles merveilles de Lhassa et nous avons abattu un travail monstre avec Marion pour seulement quelques heures de sommeil : en fait, quoique le mal de tête soit passé, j'ai encore des insomnies et comme je marche énormément, ça ne s'arrange pas. Il paraît qu'à partir de demain, mon corps aura enfin compensé l'altitude... sauf qu'aujourd'hui, on est montées encore plus haut !
Bref, voici le déroulé du troisième jour :
Dimanche était un jour faste pour aller au Jokhang : c'était la nouvelle lune, il y a plusieurs jours fastes pour s'y rendre. C'est un temple très ancien (XIIè) qui abrite le Jowo, une statue d'une importance capitale pour les Tibétains car elle a été offerte par l'épouse chinoise de Songsten Gampo au VIIème siècle. Nous commençons par faire la kora autour du Jokhang, dans le Barkhor. C'est très émouvant de voir les moines faire le…

Lhassa, jours 1 et 2

Chers lecteurs, me voici donc arrivée à Lhassa. Je vous écris de ma chambre, au Mandala hôtel, une résidence de routard vieillotte et fort sympathique, où je mange de délicieuses omelettes le matin, des toasts au beurre de yack et de la tsampa (farine d'orge) mélangé à du thé noir. Le café est abominable par contre. Outre ces considérations culinaires, je me colle le matin à la vitre pour regarder la montagne, qui est plutôt basse et très verte. Comme partout, des pigeons viennent roucouler sur la fenêtre. J'ai été plutôt épargnée par le mal des montagnes qui m'a fait passer une très mauvaise première nuit, avec un lancinant et puissant mal de crâne que le dafalgan ne calmait pas, mais qui depuis a totalement disparu : je suis en forme, quoiqu'encore très fatiguée par le décalage de 6h.
Voilà pour le bulletin santé !
L'arrivée en avion était spectaculaire, d'une beauté rare et j'en pleurais d'émotion : les montagnes hautes de l'est du Tibet formaien…

Paris-Chengdu

Ca y est, je suis en Chine ! Le voyage a été épique, entre course pour attraper l'avion, finalement retard du dit avion, bataille à l'hôtel pour faire accepter ma réservation.
Je prends des notes sans arrêt.

"Au milieu de la nuit
Je me réveille dans une étrange lumière, le ciel est bleu outremer et, sous lui, les nuages sont turquoise. On dirait le lagon.
Mammi dort, elle serre son chapelet dans sa main."

Durant le trajet, j'ai donc rencontré Mammi, une Sénégalaise, et Moo, une Chinoise dont le mari est Britannique, ainsi que Louis, son adorable fils de 4 ans.
Nous nous sommes entraidées dans ces petites galères : comprendre les formulaires et les automates preneurs d'empreintes, passer tous les contrôles en un temps record sans perdre les précieux bagages. Louis m'a chanté des berceuses en français qu'il parle très bien.
Je ne les ai pas pris en photo, je le regrette déjà, je vais les décrire dans mon carnet.

J'ai récupéré le précieux pass pour l…

Le discours des vieux

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Parfois je me heurte au discours des gens vieillissants qui disent :
"Ce que tu présentes comme une avancée n'a rien de nouveau, il en a toujours été ainsi, on s'est déjà inquiété de la planète, de pédagogie, de création artistique, on nous a déjà promis l'apocalypse, la nouvelle méthode miracle ou l'approche radicalement différente. Les discours alarmistes sont vains car nous avons vécu, nous avons entendu maintes fois les alarmes et nous sommes toujours là sans que rien n'ait vraiment bougé. Il n'y a donc pas de réel danger, n'est-ce pas ? Pas de réel progrès, n'est-ce pas ? Nous n'y croyons plus ! Vous avez l'impression, vous, les jeunes, de dire du nouveau, vous découvrez le monde et vous êtes persuadés de le voir enfin comme il est vraiment, comme si nous n'avions pas, avant vous, fait ces découvertes et ne vous les avions pas montrées. Tout ce que vous dites n'est en fait pas si novateur, pas si étonnant. Et de fait, il est va…

Retour de salon

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Désolée pour ce court silence, je suis rentrée fatiguée de Morges où j'ai vécu un chouette salon du livre. J'hésite d'ailleurs à vous en parler ou à parler bouquins. Ce qui est certain, c'est que je n'ai pas envie de parler personnage ou débat de fond.

Et si nous commencions par le week-end ? Je vous mets quelques photos en illustration, une fois n'est pas coutume, elles sont toutes de moi.

Pour vous donner une idée de l'ambiance, un gif animé de Taï-Marc Le Than (qui m'a offert un café, obtenant de fait mon éternelle reconnaissance) donne le ton si vous suivez ce lien :
https://www.instagram.com/p/BnQVorPj0RM/?utm_source=ig_web_button_share_sheet

Et il y avait du beau monde à ce salon : outre les célébrités de la blanche vieillesse, en jeunesse nous étions une tripotée comme vous pouvez le constater sur cette magnifique animation totalement improvisée.

Dans mes petits moments préférés :
La rencontre avec la classe de Florian, Morgane, Thomas et les autre…

Réponse : la liberté du personnage

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Chers lecteurs actifs depuis la semaine dernière : merci ! Je suis contente et de fait très motivée pour poursuivre cette entreprise qu'est la tenue de ce journal désintimisé sur le thème de la littérature.
En plus, aujourd'hui, c'est le 300 ème article.

Lundi, je lançais une question sur les personnages et deux lectrices ont répondu de manière tout à fait intéressante. Comme j'ai passé un certain temps à leur répondre ce matin, alors que je suis présentement en grand manque de café puisque je n'ai que du café lyophilisé dans ma chambre d'hôtel et qu'atteindre le vrai café suppose que je me lave, m'habille et sourit à plein de gens que je connais plus ou moins, je n'ai pas l'énergie de faire un article en plus.
Or, je connais votre feignantise : vous n'allez pas chercher de vous-même les commentaires de Shaya et Sabine, ni ma réponse, je le sais bien. Donc je tiens compte de notre feignantise commune et vous donne ici le lien vers leurs répon…

Le don des morts : le personnage

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Parce que lundi je ratai le débat, aujourd'hui c'est Sallenave qui répond (et accessoirement parce que je travaille à autre chose : je suis en dédicace toute la journée à Lausanne et entre deux signatures, je compte boire des bières avec d'autres auteurs).

Sallenave, Le Don des morts, 1991
« Héros » d'Homère ou personnage de Balzac, ou simple voix, sans corps ni sexe, de la fiction moderne, le personnage est « entre deux mondes », issu de l'expérience imaginaire ou réelle de l'auteur, et de l'agencement « mimétique » de ses actions, le personnage vient vers le lecteur comme une proposition à achever. Pour parvenir à cette fin, l'auteur a dû lui-même se métamorphoser en un être de fiction, en une figure de pensée, le narrateur, qui se constitue dans l'ordre même qu'il impose à ses objets. L'auteur, en un sens, est devenu un personnage de son propre roman, il se met lui aussi à exister « entre deux mondes », entre le monde de la fiction et le…

Oublier mon père de Manu Causse

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Il y a quinze jours, j'ai dévoré le nouveau roman pour adultes de Manu Causse, Oublier mon père, qui est paru là, le 23 août, chez Denoël. C'est un roman de blanche, je précise pour mes nombreux lecteurs de SFFF. Voici le résumé officiel :

– Pas la peine de chialotter, je ne t’ai pas fait mal, m’assure ma mère chaque fois qu’elle me gifle. 

Sud de la France, années 90. Alexandre grandit auprès d’une mère autoritaire et irascible. Elle veut à tout prix qu’il oublie l’image de son père disparu prématurément. Bon garçon, il s’exécute. 
Devenu photographe, Alexandre se révèle un adulte maladroit, séducteur malgré lui, secoué par des crises de migraine et la révolution numérique. À quarante ans, il échoue dans un petit village de Suède pour y classer des images d’archives. Il lui faudra un séjour en chambre noire et une voix bienveillante pour se révéler à lui-même et commencer enfin à vivre. 

Oublier mon père parle de la construction de l’identité masculine, des mensonges qui nous han…